20 novembre 2019
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Intolérable cruauté : Duplicité, hypocrisie et mensonges

Magnifié par un couple au charme irrésistible (Catherine Zeta Jones et George Clooney inégalables au jeu du chat et de la souris), "Intolérable Cruauté" est une comédie acide ET romantique, cinglante ET glamour, hilarante ET sentimentale. Car même si les Coen sont visiblement plus à l'aise lorsqu'il s'agit de dépeindre les tourments, trahisons et travers de leurs contemporains, ils ne dédaignent pas non plus aborder d'autres rivages comme celui, inédit pour eux, de la comédie du remariage qui fit les beaux jours d'Hollywood dans les années 50. Un genre fécond où un couple s'aime, se déteste et se déchire à foison pour le plus grand bonheur du spectateur.

"Intolérable Cruauté" se focalise d'abord sur Miles Massey (George Clooney, grandiose comme souvent), magistral et cynique avocat spécialisé en divorces, capable d'arracher un jugement favorable en toute circonstance. Un caïd des prétoires, un «killer» des tribunaux dont les clients sont rarement les victimes mais toujours les gagnants de ses plaidoiries rouées. Un fin stratège, obsédé par ailleurs par sa dentition parfaite, qui «aime le risque» mais n'en trouve plus sur son chemin balisé par les succès.

Jusqu'à sa rencontre avec la sublime Marylin Rexroth (Catherine Zeta Jones, impériale en séductrice carnassière), future ex-femme d'un richissime investisseur immobilier pris en flagrant délit d'adultère, qui comptait bien profiter d'une large pension alimentaire. Miles parvient néanmoins à dispenser son client du moindre dédommagement. Résolue à se venger, la jeune femme épouse aussitôt un magnat du pétrole (ahurissant Billy Bob Thornton en désopilant plouc texan). Entre le retors Miles et la perfide Marylin, tous les coups sont désormais permis.

Au menu : duplicité, hypocrisie, mensonges et tutti quanti sur le thème éternel de «Je t'aime donc je te trahis». Un duel au sommet entre deux chasseurs qui se refusent à devenir une proie pour l'autre jusqu'au moment où Cupidon décoche ses flèches et se charge de brouiller les cartes de ce jeu du qui perd gagne. Le séduisant avocat ira donc se jeter dans les filets tentateurs jetés par cette mante religieuse qui bientôt le dévorera sans pitié. Avant que les sentiments ne finissent par l'emporter…

Fidèle à leurs habitudes, les frères Coen nous ont concocté une féroce galerie de portraits hauts en couleur comme cet excentrique baron qui vient témoigner à charge contre une Marylin éplorée en épouse bafouée ou ce prêtre baba qui gratouille sa guitare avant de célébrer le mariage de l'accorte Marylin avec un futur pigeon.

Si le film baisse d'intensité ravageuse dans son dernier quart avec un final qui sacrifie aux conventions du genre (réconciliation et baiser qui scelle l'amour des tourtereaux), il n'en demeure pas moins un divertissement brillant et jouissif, cruel certes mais terriblement drôle, où les Coen mitonne un jeu de massacre qui n'épargne personne.

Auteur :Patrick Beaumont

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