18 septembre 2019
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Intolérable cruauté : Quelle audace !

Là dans "Intolérable Cruauté", c'est avec un plaisir non dissimulé qu'on retrouve le style particulier des frères Coen, cinéastes aussi iconoclastes qu'essentiels dans le paysage hollywoodien. Mais, comme à leur habitude, ils collent l'étiquette d'un genre cinématographique, ici, la comédie romantique, à leur film, pour mieux en détourner les codes et donner libre cours à leur créativité libertine.

Le film bondit et rebondit de pièges tendus en trahisons, les situations burlesques s'enchaînant avec un naturel déconcertant. Les frères Coen tissent une relation fascinante entre Marilyn et Miles qui relève autant de la séduction que du pouvoir : un rapport de force passionnel mis en exergue par des ping-pong dialogués lapidaires, des clichés tournés en dérision et des face-à-face irradiant de plaisir perfide.

On est bien loin de la sensiblerie mièvre et de la nature tout sucre tout miel des comédies romantiques et bien trop traditionnelles. Et on y prend un pied monstrueux, comme si l'extase avait lieu dans un soupir de cruauté. 

Qui plus est, l'histoire est servie par un duo d'acteurs en parfait accord : Georges Clooney et Catherine Zeta-Jones s'amusent à avancer « camouflés » sur le terrain miné dessiné et écrit par les frères Coen. Que de chemin parcouru depuis "Urgences" pour Georges Clooney ! Il a su effacer l'image d'acteur de série télévisée qui menaçait de lui coller éternellement à la peau en choisissant de se tourner vers le cinéma indépendant : une belle réussite d'acteur !

Ici, il campe Miles Massey, l'avocat spécialisé dans les divorces. Nanti dans le film d'une superbe dentition dont la blancheur extrême tourne à l'obsession, Georges Clooney  est à mourir de rire toutes les fois qu'il offre au miroir son plus large sourire, comme si ses dents étaient le symbole de sa verve brillante d'avocat n'envisageant pas même un instant de perdre. Son charme de gentleman et ses mimiques faciales sont en adéquation avec son personnage.

Face à lui, ou plus exactement contre et avec lui, Catherine Zeta-Jones est sublime, exquise en femme fatale, tant venimeuse que vénéneuse, qui joue de son glamour pour faire ramper les hommes riches à ses pieds. La valse endiablée que Georges Clooney et Catherine Zeta-Jones dansent tout au long du film fait ressortir à l'écran la relation d'attirance perverse entre Miles et Marilyn, une relation dans laquelle la cruauté enflammée est le sexe de leur âme.

Le côté romantisme féroce de ce film est accentué par des personnages secondaires atypiques : le tueur à gages asthmatique qui confond son flingue avec sa bombe de ventoline, l'associé fondateur du cabinet d'avocats affublé de tuyaux de respiration et de perfusion qui l'aident à prolonger ses jours…

Ne manquant ni d'audace ni de ressources scénaristiques, les frères Coen n'épargnent rien sur leur passage mais n'en signent pas moins un film de choc, de chic et de charme dont le happy end serait : « Ils furent heureux et eurent beaucoup d'argent…. ». 

Auteure :Nathalie Debavelaere

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