18 juillet 2019
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Invictus : Anodin

L'année dernière à la même époque, le père Clint tentait de nous faire chialer avec un "Gran Torino" dont on ne pouvait gober la niaiserie et le manichéisme qu'en le considérant comme le chant du cygne du réalisateur. Mais Eastwood revient à la charge avec "Invictus", un film bien différent sur le fond et la forme mais curieusement voisin dans sa façon d'aborder certains thèmes.

Bienvenue donc dans le pays qui fut jadis théâtre de l'apartheid et où la haine raciale ne s'est pas volatilisée du jour au lendemain. Chez Clint, l'Afrique su Sud est un berceau de partage et de métissage, où les vilains préjugés finissent par être gommés et où la majorité des gros cons de racistes se font tôt ou tard une raison. Le tout grâce à la puissance infinie de l'esprit rugby.

De la même manière que le Walt Kowalski de "Gran Torino" devenait soudain martyr pour sauver des voisins asiatiques que jusque là il traitait de tous les noms, le peuple sud-africain devient subitement ouvert, tolérant, prêt à serrer n'importe quelle main indépendamment de sa couleur. Que les grandes victoires sportives puissent avoir un tel impact, pourquoi pas : rappelons-nous l'effet "black-blanc-beur" qui irradia subitement la France en 1998 et donna un nouveau souffle à Jacques Chirac. Mais qu'un cinéaste aussi chevronné puisse avoir l'air de penser que la Coupe du Monde de rugby 1995 a eu des conséquences durables sur le climat du pays, ça laisse légèrement pantois. Car c'est bien de cela qu'il s'agit dans Invictus : faire de Mandela un génie politique qui changea à jamais le mode de pensée de son pays (certes) en demandant au capitaine des Springboks de remporter le fameux tournoi (hum).

Le total angélisme de Clint Eastwood nous rappelle si besoin que le Dirty Harry d'antan est bel et bien mort. Mais, à condition de prendre "Invictus" pour ce qu'il est, c'est-à-dire une déclaration d'amour à un grand homme politique et à un pays pansant ses plaies face caméra, il est tout à fait possible d'en apprécier l'incontestable professionnalisme. Comme tous les ans ou presque, Eastwood remet sur le tapis son aisance naturelle de conteur, de filmeur et de directeur d'acteurs. Dans la peau de Mandela, Morgan Freeman est exemplaire et trouve sans mal la vérité de ce grand personnage historique. Les scènes les plus intéressantes du film sont celles qui montrent que la politique ne peut pas se départir de ses aspects les plus stratégiques.

Aussi généreux et sincère soit-il, le président sud-africain est à la fois contraint et ravi d'utiliser êtres humains et symboles pour aiguiller son peuple vers la bonne direction à prendre. L'effervescence rugbystique et les couleurs de l'équipe nationale font partie de ces pions prudemment avancées de ce leader majeur ; mais que les amoureux de ballon ovale ne se réjouissent pas trop vite, car les scènes de rugby sont peu nombreuses et souvent assez sommaires, y compris celle de la fameuse finale contre les Blacks, qui aurait dû constituer un imparable sommet d'émotion mais peine à faire perdurer le sentiment d'exaltation qui monte çà et là. L'Eastwood d'il y a dix ans n'aurait sans doute pas manqué une telle occasion. Ce film bien fichu mais anodin est là pour le confirmer.
Auteur :Thomas Messias
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