Critiques

Invisible Man : Pas dans la salle obscure

Par Yann Vichery

Après 3 mois de fermeture, les cinémas rouvraient ce 22 juin et je me retrouvais en bonne distanciation sociale en salle face à cet immense écran... Emotion étrange presque oubliée. La bobine qui s’apprêtait enfin à défiler et me faisait découvrir "Invisible Man".

Réalisé par Leigh Whanell, trublion bien connu des amateurs de gore puisqu’il avait scénarisé certains segments de la série de films "Saw" et de "Insidious", qu’il a même réalisé, ce film devait faire partie d’une série de « Monster Movies » distribué, comme dans les années 30, sous l’égide d'Universal. Après l’échec du premier opus, "La Momie" avec Tom Cruise, l’ambition de la firme était mis à mal et le projet concernant une nouvelle adaptation de l’homme invisible d’après HG Wells retournait dans les cartons.


Dépoussiérer le mythe

C’était sans compter sur Leigh Whanell qui allait s’approprier le mythe en y reprenant juste le thème de l’invisibilité en proposant de l’inverser au niveau des personnages… ici, victime et agresseur. "Invisible Man" démarre avec une femme terrorisée, Cecilia Kass (Elisabeth Moss, habituée des séries "Mad Men", "The Handmaid's Tale") qui quitte son compagnon Adrian Griffin, décrit comme quelqu’un de tyrannique, adepte du contrôle de ce qui gravite autour de sa vie et expert high tech de la vision. Quelque temps plus tard, elle apprend son suicide, reçoit en héritage une forte somme d’argent. Tout semble reprendre le droit chemin de la vie… pourtant, elle s'interroge sur ce suicide lorsque certains signes étranges commencent à se manifester autour d'elle, la terrorisant et l'isolant des autres.

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Dans cette histoire, en effet, on devine bien rapidement qu’Adrian n’est pas mort et tout le talent de Leigh Whannel est de maintenir une tension pendant presque 2 heures pour ne pas ennuyer le spectateur, et de ce côté-là, c’est plutôt réussi. Le film a peu à voir avec les précédentes versions de l’homme invisible (celles de James Whale et John Carpenter), mais se rapproche parfois de la version de Paul Verhoeven ("Hollow Man") ou le héros invisible met en avant son côté voyeur et négatif.


Fantastique, thriller et harcèlement

"Invisible Man" oscille sans cesse entre le fantastique et le thriller pur. L’invisibilité d'Adrian est traitée, au départ, par des « apparitions » fantomatiques et de nombreux signes connus nous mettent au même niveau que Cecilia, victime d’une entité inatteignable qu’elle a côtoyée dans le passé. Le renouveau vient surtout du fait que Adrian Griffin n’est plus victime d’une expérience mais qu’il provoque lui même son invisibilité par sa propre invention. L’emprise d'Adrian sur Cecilia fait écho au problème de harcèlement vécu par les femmes. Harcèlement souvent invisible par l’entourage des victimes car sournois et discret, atteintes psychologiques, intellectuelles et physique décrites ici.

Le réalisateur crée donc dans la première heure une tension palpable. Privilégiant l’attente, l’angoisse du lieu balayé afin de savoir si oui ou non l’invisible s’y cache. Il élabore des mouvements de caméra précis, une dilatation du temps qui en décuple l’efficacité. Et "Invisible Man" aborde un tournant radical dans une séquence d’agression particulièrement angoissante où la confrontation devient directe et violente. Le thriller psychologique prend ainsi place vers la seconde moitié du film où Adrien passe du stade de voyeur à celui d’agresseur, en montant d’un cran la pression qu’il exerce sur Cecilia. Le piège se referme peu à peu et c’est seule qu’elle devra faire face à l’invisibilité et à la terreur.

Elisabeth Moss est, il faut le répéter, assez crédible en victime puis en résistante face à son bourreau. Pour s’en sortir elle devra aller dans le sens de Adrian. On pourra d’ailleurs trouver la fin un peu « granguignolesque » et trop facile dans la résolution de l’intrigue, le réalisateur ayant avoir du trouver LA fin qui aurait terminé de nous clouer jusqu’au générique final.

Au final, "Invisible Man" est un film plutôt efficace, relecture moderne de l’homme invisible. Leigh Whanell emballe son film avec talent et quand on sait qu’il a été choisi pour réaliser le remake de "Escape from New York" de John Carpenter (déjà réalisateur "Des aventures d’un homme invisible"), on a des raisons d’espérer. La boucle serait alors bouclée avec talent ? On croise les doigts.

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