16 septembre 2021
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J. Edgar : Fin regard sur une certaine Amérique

Porter à l'écran un scénario de Dustin Lance Black, l'auteur du biopic politique "Harvey Milk" de Gus Van Sant, n'est pas forcément un gage d'assurance qualité même si Clint Eastwood se cache derrière la caméra. Dans un aller-retour entre les années 70, c'est-à-dire l'époque où il rédige ses mémoires et les années 20 de sa belle jeunesse. « Edgar » comme l'appelle sa maman tyrannique, est donc un homme cherchant avant tout l'admiration des uns, tandis que la peur d'aimer et d'être aimé en retour le complexe dans son rapport aux autres. La parfaite illustration de ce mal-être est la relation ambiguë qu'il entretient avec son collègue Clyde Tolson qui est le seul fil conducteur de ce biopic. Tandis que sa fidèle secrétaire incarnée par Naomie Watts est sa complice dans ses démarches procédurières, légales ou non, comme les écoutes téléphoniques ou la mise en place d'un fichier scientifique pour chaque individu. Ils incarnent à travers les années un trio de complices plutôt qu'un triangle amoureux.

Si tous ces éléments offrent à DiCaprio un rôle comme l'académie des Oscars les aime grâce à un effort de transformation physique, Naomie Watts n'a pas à rougir de sa performance non plus. Mais lassé par les voyages temporels incessants, J.Edgar souffre, malgré tout, d'un traitement classique et trop dense de la vie du président du FBI et de sa personnalité controversée. Un homosexuel refoulé profondément homophobe et raciste. Le combat qu'il mène à travers l'histoire des États-Unis n'est-il finalement pas un combat contre lui-même et ses désirs inassouvis ? Si tel était le cas, pourquoi ne pas se consacrer à un épisode précis de sa vie évitant fouillis et ennui pour le spectateur ?

Reconnaissant les qualités incontestables pour la romance depuis "Sur la Route de Madison" ou "Million Dollar Baby", Clint Eastwood et son scénariste prodige auraient parfaitement pu se concentrer uniquement sur l'histoire d'amour entre Edgar et Clyde. De plus, pourquoi suggérer imposture et fabulation de la part de Edgar lorsque celui-ci narre sa biographie si c'est ne pas pour rétablir la vérité sur la vie d'un héros de l'Amérique basé sur une réalité falsifiée ? Si on ressent chez Eastwood une récurrence dans sa filmographie sur le thème de la postérité, ce film survivra certainement difficilement au-delà de son œuvre. Cependant, il offre un regard antérieur sur une certaine Amérique, celle qui a contribué à créer de nos jours, un pays profondément paranoïaque et angoissé. 

Auteure :Claire BaraTous nos contenus sur "J. Edgar" Toutes les critiques de "Claire Bara"

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