30 novembre 2020
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Jack Reacher : Plaisir coupable

Douze ans après son premier long-métrage "The Way of the Gun", Christopher McQuarrie réapparaît derrière la caméra après avoir signé bon nombre de scénarii dispensables. Un éclair de génie salué par la critique avec "Usual Suspects", puis une multitude de nombreux travaux inégaux derrière, de "Walkyrie" à "The Tourist". Proche de Bryan Singer (McQuarrie a été convié au script de "Wolverine") et de Tom Cruise (il est à l'origine d'"All You Need Is Kill" que Cruise tourne actuellement à Londres), ce réalisateur-scénariste est en passe de devenir, enfin, un élément courtisé à Hollywood. Le réseau fait sûrement les choses, mais le talent n'y probablement pas étranger.

Bien qu'irrégulier, Christopher McQuarrie s'est forgé un curriculum vitae éclectique que le public amateur de série B et de scénarios emberlificotés n'hésite pas à plébisciter. "Jack Reacher" (distribué par Paramount Pictures), où McQuarrie retrouve son pote Cruise, confirme bien les talents d'un homme aussi efficace (bien qu'académique) dans sa mise en scène que dans l'élaboration de son jeu de piste.

Le véritable kiff de "Jack Reacher" réside surtout dans cette jouissance à voir Tom Cruise, 50 ans, rejouer une énième fois son rôle favori tout en déconstruisant le modèle d'anti-héros où se croiserait le Bruce Willis de "Die Hard", et le Charles Bronson des vigilante movie des années 70 que McQuarrie idolâtre visiblement. Après avoir surpris son monde en livrant une brillante composition dans le quatrième "Mission : Impossible", Tom Cruise a montré qu'un divorce médiatisé n'a en rien entamé sa carrière d'acteur. Mieux, l'américain se joue des clichés et opère une sorte de catharsis face caméra. Il campe le rôle d'un homme solitaire, introuvable, mystérieux et irrésistiblement charmant.

Il y a un certain plaisir coupable à voir McQuarrie et Cruise s'amuser des poncifs du genre, notamment l'habituelle relation pro-sensuelle qu'entretient le héros avec son alter féminin (qui est ici tenu par la sculpturale Rosamund Pike, reine des yeux écarquillés). C'est jouer avec la tension, sous toutes ses coutures. Une fonction qui habite ce polar bien pensé, multipliant les références et distillant des scènes d'action impressionnantes et de longues séquences de bavardages meublant une intrigue volontairement complexifiée.

Tout l'art pratiqué dans ce film divertissant pourrait également se résumer à la scène d'introduction du personnage de Jack Reacher, filmé longuement de dos avant qu'il ne lâche ses premiers mots. Rarement grave ni vraiment sérieux, "Jack Reacher" va jusqu'à convier à son casting le grand Werner Herzog en mystérieux bad guy, exploite le potentiel musclé de Jai Courtney (que l'on reverra dans "Die Hard 5") ou se payer les deux éternels habitués aux seconds rôles que sont Robert Duvall et Richard Jenkins.

Auteur :Christopher Ramoné
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