16 octobre 2021
Critiques

Jackie : Deuil en Chanel

La course aux Oscars, comme chaque année, suppose son lot de biopics. Pablo Larrain a choisi miss Natalie Portman pour interpréter "Jackie", la plus légendaire des premières dames et ainsi prétendre à la mythique statuette. Et non, l'héroïne de "Star Wars" ne jouera pas Carla Bruni ou Melania Trump mais bien Jacqueline Bouvier Kennedy. Que c'est-il passé pour Jackie une fois son président d'époux mort entre ses bras ? Comment a-t-elle géré le deuil ? C'est ce que le réalisateur tente de comprendre…

C'est sous forme de rétrospection à l'aide d'une interview avec un journaliste que la narration est lancée. Un procédé aujourd'hui ô combien classique mais qui a fait ses preuves. De l'assassinat aux funérailles, "Jackie" n'évite aucun détail. Mais le film reste encadré par une grande sobriété. Ainsi, il faudra attendre la toute fin du récit pour voir l'attentat dans sa globalité. Choquant, mais propre, on évite le sensationnel morbide. Un mantra qui guide d'ailleurs tout le reste du film.

Biopic sans langue de bois

On aurait pu craindre, derrière ce biopic, une bonne petite propagande américaine mais il n'en sera rien. Pablo Larrain, derrière l'image du feu président, ne cherche pas à représenter un homme parfait mais, comme le disait si bien son épouse, « un homme qui s'améliorait un peu plus chaque jour ». Si "Jackie" ne prend pas de position franche sur la politique exercée par Kennedy (crise de Cuba, responsable ou pas ?), il ne laisse en revanche planer aucune ambiguïté sur sa fidélité conjugale, sa présence en tant que père ou les jeux dangereux menés avec son frère Bobby.


Même chose pour Jackie, qui n'a pas le droit au plus beau des tableaux. Toujours armée d'un verre qui contient clairement plus que de l'eau ou d'une cigarette, la First Lady s'avère être une boule de paradoxes. Fragile et forte, nihiliste et fervente, modeste et vaniteuse. Bref, une femme comme les autres dont le retour auprès du peuple sonne tel un coup de massue.

Portman, 1ère de la classe

Si Natalie Portman nous a pas mal déçu depuis "Black Swan", elle nous rappelle pourquoi elle est considérée comme une des meilleures actrices de sa génération. Naturelle et à l'aise avec l'accent qu'était celui de la première dame, Portman passe d'un tableau à l'autre avec une dextérité bluffante. Pourtant, la tâche n'est pas facile. Son personnage pleure, un peu, beaucoup même. Le visage déformé par la douleur, rongé par les corbeaux qui se ruent sur le fauteuil du président désormais vide, Jackie, ou plutôt Portman, reste forte. Même le tailleur rose Chanel tâché du sang présidentiel, elle reste d'une classe à toute épreuve.

Oui, Natalie Portman est bien la première de la classe, absolument flawless, un chouia insupportable. Même la coupe de Jackie, qu'on ne peut (objectivement) pas qualifier comme « sans âge » lui va à ravir. Cela étant, comme toute première de la classe, elle demeure un peu… Boring. Cliché, quand tu nous tiens. Sans chauvinisme, aucun, il faut reconnaître que sa prestation, aussi élégante et scotchante soit-elle, reste en dessous de celle proposée par notre Isabelle Huppert nationale dans "Elle". La course est lancée, mais on continue de parier sur notre Isa adorée.

Auteure :Mélissa ChevreuilTous nos contenus sur "Jackie" Toutes les critiques de "Mélissa Chevreuil"

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