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Jacquou Le Croquant : Batman sous l’Ancien régime

Le gentil mais frêle Gaspard Ulliel en justicier devant la caméra du clippeur de Mylène Farmer ? Il faut avouer que sur le papier, "Jacquou le croquant" manquait de mordant (désolé). Et s'il y a là-dedans des longueurs, un maniérisme parfois agaçant et des défauts dans tous les coins, bizarrement, le film parvient à répandre une aura surprenante d'épaisseur et de mystère.

En voyant "Jacquou le croquant", on devine facilement quelles ont été les influences de Laurent Boutonnant : par son thème et certains aspects de son traitement (toutes proportions gardées), le film tente de ressembler à "Gangs of New York" ; mais l'aspect "modernité sous couvert de film en costumes" fait également penser au Christophe Gans du "Pacte des loups". Avec aussi de vrais morceaux de Boutonnant : parfois, on a l'impression que Mylène Farmer va apparaître dans un coin de l'écran pour murmurer qu'elle est libertine, qu'elle est une câtin.

Mais, au final, en creusant un peu, "Jacquou le croquant" ressemble surtout à un film de super-héros. Jacquou est un peu notre Batman à nous. Avec l'homme chauve-souris, il partage un trauma d'enfance : parents usés jusqu'à la corde et achevés par un méchant sans coeur. Puis recevra une bonne éducation avec un curé et un chevalier, ses Alfred à lui. Retrouvant le responsable de son enfance malheureuse, il laissera sa vengeance arriver à maturité, le temps pour lui de prendre un peu de muscle et d'assurance, et de découvrir son repaire secret, sorte de batcave sans batmobile. Et finalement, c'est en plein coeur de la nuit la plus noire qu'il assouvira sa soif de justice.

Comme dans Batman, il y a deux femmes, et la méchante est mille fois plus attirante que la gentille. Comme Bruce Wayne, Jacquou possède deux personnalités, l'une avide de sagesse, l'autre ne pouvant se résoudre à laisser l'injustice planer. Et c'est dans ce petit monde d'heroïc-fantasy sans héros charismatique ni fantaisie que Laurent Boutonnant parvient à laisser s'exprimer son envie de filmer. Plus le film avance, et plus Gaspard Ulliel se fait convaincant : sur la fin, on se dit même que lui avoir confié le rôle de Hannibal Lecter dans un film à venir le mois prochain a tout d'une bonne idée. Reste à Boutonnat à se faire plus cohérent sur la forme, à davantage approfondir son écriture. Mais nul doute qu'il possède tout le potentiel pour en faire un très bon réalisateur, et qu'une fois qu'il se sera débarrassé de sa simple étiquette de clippeur, il parviendra à réaliser de vrais succès populaires de qualité.

Auteur :Thomas Messias
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