10 juillet 2020
Critiques

Jamais de la vie : La critique du film

Erreur sur la marchandise !

"Jamais de la vie", réalisé par Pierre Jolivet, nous promet un thriller et un scénario intriguant mais, très vite, les promesses s'évanouissent. L'agent de sécurité censé être plongé dans la sombre quête d'une voiture mystérieuse, ne l'est véritablement qu'à la moitié voire qu'à l'approche de la fin du film. Non, le suspense, l'attente, le frisson ne viendront jamais.

Souffrant de la grande précarité de sa situation, entre impossibilité d'évoluer professionnellement et sa difficulté pour se soigner, Franck (Olivier Gourmet) n'a rien de mystérieux et ce film a tout d'un drame social. Olivier Gourmet ("Mesrine", "Le Gamin au Vélo", "L'Exercice de l'Etat"), acteur français emblématique et apprécié des frères Dardenne, se traîne dans les allées d'un supermarché vide et tente tant bien que mal de donner un semblant de charme à ce film sans rythme et sans trame.

Et c'est bien là le problème posé par "Jamais de la vie" : un thriller sans rythme ne peut pas être, à mon sens, un thriller. Aucun suspense ressenti et des répliques qui tombent à l'eau presque à chaque coup. En effet, beaucoup de dialogues tournent en rond et n'aboutissent pas, comme s'il fallait parler pour parler. On se surprend parfois à attendre un retournement, une exclamation, un sursaut.

Au bout de 15-20 minutes de film, on comprend que rien ne va décoller et on est alors plongé dans une contemplation passive et ennuyeuse d'une sorte de misère quotidienne. Même si cet ancrage dans une réalité actuelle est pertinent et bien travaillé, notamment lorsqu'on apprend que la conseillère sociale souffre autant de la précarité que ceux qu'elle tente d'aider, il n'apporte rien à l'intrigue et n'est qu'un pâle décor à l'action.

Si l'intrigue de "Jamais de la vie" ne parvient pas à créer l'effet attendu, c'est-à-dire la compassion et le suspense, c'est également parce qu'aucun personnage n'est véritablement exploité. Le passé de Franck, qui apparaît comme l'une des causes de sa précarité actuelle, est à peine évoqué et sa rencontre avec Mylène (Valérie Bonneton) est totalement inexploitée. Ne parlons pas de l'apparition d'Antoine (Jean-François Cayrey) et de sa femme Jeanne (Julie Ferrier) dont on perçoit difficilement la pertinence, leurs rôles consistant essentiellement à sermonner Franck, indifférent. Quant à Etienne (Thierry Hancisse) et surtout Ketu (Marc Zinga), qui constitue le personnage déclencheur de « l'action », leurs personnages sont survolés et la crédibilité de leur relation amicale avec Franck vole en éclat. Seul ce dernier parvient à maintenir l'attention et à créer l'émotion en faisant ressentir un désespoir latent et une dignité sans faille.

La fin de "Jamais de la vie" est un choc, autant au sens figuré qu'au sens propre. Elle s'écrase sur le film en amenant un semblant de violence et de sang. Comme si tout ce qu'il aurait fallu montrer et développer avait été jeté dans les 5 dernières minutes du film, pour avoir bonne conscience. S'il fallait rater un film, autant rater la fin. "Jamais de la vie" respecte donc scrupuleusement une certaine mauvaise tradition du thriller à la française : l'impression d'inachevé, le rythme quasi absent et un gros manque de subtilité.
Auteure:Mélanie Locoeuvre
Tous nos contenus sur "Jamais de la vie" Toutes les critiques de "Mélanie Locoeuvre"

ça peut vous interesser

Benni : Détresse d’une enfant sans affection

Rédaction

L’adieu à la nuit : d’une vie à une autre

Rédaction

De Gaulle : La critique du film

Rédaction