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Janis et John : La douleur des femmes

Savoir que "Janis et John" n'aurait jamais dû sortir est déjà mythique... Un mythe dont on se serait évidemment bien passé, mais qui est pour nous l'occasion de rendre un hommage un peu tardif à une actrice atypique dans le paysage cinématographique français. Et dire, sans éloges de circonstance, que seule Marie Trintignant pouvait camper cette formidable Janis Joplin...

Pablo, assureur et Brigitte, femme au foyer soumise, se sont enfermés dans la routine depuis longtemps. Pablo n'hésite cependant pas à escroquer ses clients, en faisant semblant de les assurer. Le jour où la voiture d'un mystérieux M. Cannon est volée et retrouvée détruite, Pablo doit rembourser 500.000 francs ou passer le restant de ses jours en prison. Il va se souvenir de son cousin, qui vient d'hériter de plus d'un million, resté fixé sur le retour de Janis Joplin et John Lennon dans la vie réelle. Brigitte et un acteur raté, Walter Kingkate, vont réaliser son rêve pour empocher l'héritage...

Voilà un point de départ qui peut paraître quelque peu absurde, ou surréaliste. Pourtant, on se prend immédiatement au jeu, tant la réalisation est d'une crédibilité étonnante. Drôle évidemment, le film l'est et le dialogue de sourd entre Pablo (Sergi Lopez) et Walter (François Cluzet) fait déjà partie des dialogues d'anthologie. S'il ne faut pas "se laisser gagner par l'émotion", comme le prétendent certains critiques, nous n'avons pu nous empêcher de penser que la formidable actrice que nous voyions sur l'écran, ne nous fera plus jamais rire. Et bien que nous nous laissions transporter par la dérision, l'absurdité et l'originalité de ce film, qui fait du bien, l'ironie du sort veut que Marie Trintignant incarne le retour sur terre d'une chanteuse décédée.

Alors oui, laissons-nous gagner par l'émotion le temps d'un film. En outre, tant que les réalisateurs dresseront de très jolis portraits d'actrices et d'acteurs, qui nous font encore rêver, alors il sera presque indécent de voir "Janis et John", comme un film "normal". Ce film raconte aussi la solitude d'une femme qui va s'épanouir dans le personnage de Janis Joplin, et se sentir pousser des ailes : "tu peux pas savoir comme c'est bon de chanter quand on l'a fermée toute sa vie". Voilà une réplique qui résume tout le personnage de Brigitte-Janis, campée magnifiquement par l'inoubliable Marie Trintignant.

Admettons aussi que "Janis et John" est porté par une musique exceptionnelle qui nous rend nostalgique d'un rock révolu, et d'une époque où tout semblait permis et léger. Il faut également mentionner la performance de François Cluzet en John Lennon énervé et pas aussi pacifiste qu'on ne pourrait l'imaginer ! Notons enfin la justesse de Christophe Lambert en "Ziggy Stardust" lymphatique, et qu'il est bon de revoir sur les écrans. Le montage n'a absolument pas été changé depuis le décès de Marie Trintignant, et cette dernière image de Marie-Jonis qui regarde le ciel mais aussi l'avenir devant elle, est vraiment bouleversante.

Marie Trintignant était une comédienne peu médiatisée, malgré un parcours fabuleux, de "Une affaire de femmes", à "Betty", en passant par "Comme elle respire", ou "Le cousin", sans oublier le théâtre. Aujourd'hui, elle devient une étoile, qui a filé bien trop vite...

Auteure :Laetitia Parent
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