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Janis et John : Marie for ever

Premier long-métrage, "Janis et John" est une comédie française. Rien que pour ça, on l'attendait avec appréhension. Il faut bien avouer qu'en matière de comédies intelligentes, enlevées, capables de faire rire en évitant les poncifs, notre pays est loin, très loin de toucher à la perfection… On se rassurait en pensant au casting, Marie Trintignant (faut-il rappeler qu'elle était une excellente actrice, déjà avant sa mort ?…), Sergi Lopez, et surtout, Monsieur François Cluzet, acteur absolument énormissime dont je pourrais très bien écrire un éloge, juste comme ça, sans me forcer. Et bien, sans prétention aucune, Benchetrit parvient à nous livrer une comédie hybride qui parvient à voguer entre les fantaisies intelligentes mais pas grand publique, et les grosses comédies lourdingues franchouillardes.

On avait donc bien raison de ne pas se laisser bouffer par les a priori ! "Janis et John" est bien sûr, avant tout, un film d'acteur, c'est indéniable. Sergi Lopez est absolument parfait. Marie Trintignant est remarquable dans sa transformation, tout en nuances, de ménagère sans horizons à clone troublant de Janis Joplin ; son jeu arrivait ici à maturité tant dans le travail sur les postures que sur l'expression. Christophe Lambert semble même bien jouer ! Il faut dire qu'il incarne un type bloqué sous acide depuis trente ans.

Quant à François Cluzet… Que dire ? Un jeu d'une justesse incroyable, même dans l'exubérance que requiert la comédie loufoque. Il est tout simplement génial dans le rôle d'un acteur raté qui le sait mais qui se drape encore d'une certaine dignité, veut encore garder un peu d'estime de soi, et qui finit par ne plus trop distinguer la frontière entre sa vie et son rôle, sans doute plus à même de lui rendre le quotidien supportable.

Mais ne nous cantonnons pas aux acteurs, ce que malheureusement, à cause des circonstances, nombre d'articles à propos du film risquent de faire. Ce serait occulter la réalisation de Benchetrit qui, si elle n'est pas absolument novatrice, dénote un goût certain pour le ludique (voir la séquence d'ouverture), et une réelle envie de faire autre chose que de l'illustratif. Il y a chez ce réalisateur une empreinte personnelle, entre désinvolture et inventivité, qui promet d'autres films attachants, du moins espérons-le. L'histoire, enfin, est originale par certains aspects.

Un des exemples les plus intéressants est la relation entre l'assureur et son assuré arnaqué, qui trouve un dénouement totalement inattendu, réjouissant, et qui conforte dans l'idée que "Janis et John", humblement, cherche à passer des messages pas si communs que ça dans ce genre de films. On en prendra encore plus conscience quand le film se révélera ni plus ni moins que l'histoire de la libération et de l'épanouissement d'une femme.

Dans un paysage cinématographique où la femme est bien souvent la caricature aux dépens de laquelle on fait des bons mots qui n'ont pas évolué depuis l'almanach Vermot, cela suffit à rendre cette petite comédie qu'est "Janis et John" sympathique et très attachante.

Auteur :Benjamin Thomas
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