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Jason Bourne : l’héritage : Pauvre héritage

Nouvelle suite, nouvelle tête: le Jason Bourne nouveau est arrivé, cette fois sous les traits de Jeremy Renner ("Démineurs", "Avengers"...), qui campe l'un de ses "collègues" dénommé Aaron Cross. Aaron, tout comme le héros des "Mémoire/mort/vengeance dans la peau" est  lui aussi un soldat de l'ombre super-entraîné qui - ô coïncidence - a des problèmes de conscience et se rebelle contre ses supérieurs dès lors que ceux-ci commencent à éliminer les responsables du programme qui a fait de lui une machine à tuer. Enfin surtout le docteur Marta Shearing (la ravissante Rachel Weisz), la seule ayant montré une once de compassion envers lui durant sa "formation". Exit donc les problèmes de mémoire et de passé décomposé, place aux soldats reprogrammés et accros à leur dose de petites pilules.

Si la première trilogie Bourne avait su re-dynamiser l'espionnage sur grand écran au point de faire passer James Bond pour un gentil pépère à sa rei-reine qui ne se salit jamais les mains, elle proposait surtout un personnage central dépassé par les évènements et s'étonnant  lui-même de ses prouesses, ce qui le rendait attachant. Dans "Jason Bourne: L'héritage", exit la découverte du personnage dont on connait les capacités dès les 10 premières minutes de survival en milieu hostile (avec des loups affamés, en plus). On se demande ainsi si Tony Gilroy, scénariste de la première franchise et réalisateur de celui-ci, ne tente pas de nous servir une version contemporaine d'"Universal Soldier", tant l'aspect militariste saute aux yeux avant toute chose. Et à Gilroy de contrebalancer cette impression avec l'équipe de têtes pensantes menées par Eric Byer (un Edward Norton visiblement très fatigué) sensée traquer Cross et effacer l'existence de ses créateurs. Peine perdue, car d'explications pseudo-scientifiques en tentatives de capture du dissident Cross, ces gros méchants ne parviendront qu'à susciter l'ennui profond chez le spectateur, faute à un machiavélisme statique (huis clos imposé pour les méchants) et quelques sursauts d'ingéniosité mal récompensés par la réalisation mollassonne de Tony Gilroy. Car à l'exception de quelques beaux plans-séquences dans la maison de la doctoresse et une poursuite en moto - quand même bien pompée sur celle de "Terminator II", l'action est rare dans "Jason Bourne: L'héritage". Oui, pour un film d'action, c'est le comble. Idem si on considère le film comme étant un oeuvre d'espionnage sans suspens ni rebondissement.

Pauvre, "Jason Bourne: L'héritage" l'est assurément. Tout juste divertissant et remuant, il ne parvient même pas à gommer les clichés très eighties de la demoiselle en détresse et des bad guys au comportement prévisible (hormis pour la scène dans le labo). Au final, Jeremy Renner, grand bien lui fasse, écope d'une franchise dérivée à sa gloire, lui qui nous avait modestement démontré ses talents dans "Démineurs" et qui se voit ici comme rétrogradé en action-man. On espère juste que l'inévitable suite de cet héritage nous offrira davantage qu'un simili-pilote de série paresseux et dénué d'inventivité (voir la série "Nikita"(2010) pour l'histoire des soldats hyper-dopés), pour rentrer dans le vif du sujet et peut-être, soyons fous, nous offrir la confrontation Jason Bourne/Matt Damon (après tout, son nom est cité, non?) contre Aaron Cross/ Jeremy Renner qui nous est promise...
Auteur :Julien Leconte
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