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Je l’aimais : Critique

Après un premier film raté et un deuxième calamiteux, Zabou Breitman ne pouvait que surprendre agréablement avec "Je l'aimais", adaptation de la désormais inévitable Anna Gavalda. Beaux sentiments et style ordinaire mais attachant sont les caractéristiques de l'oeuvre de l'écrivaine, qui avant de se lancer dans le pavé ("Ensemble c'est tout" et "La consolante") s'était fait les dents sur des histoires courtes.

Bien que s'étalant sur une vingtaine d'années, Je l'aimais faisait 150 pages environ, racontant sans détour l'histoire d'amour de cet homme qui aurait pu quitter sa femme mais n'a pas pu (ou pas voulu le faire). Pour tout dire, le film ne commence pas très bien, Zabou semblant s'appesantir sur la situation de départ (l'homme, sa belle-fille fraîchement larguée, et les deux enfants) sans autre raison que de faire durer le suspense avant de se lancer enfin dans le vif du sujet avec ce retour en arrière sur cette passion, ses circonstances et sa fin. Florence Loiret-Caille a beau être une comédienne gigantesque (il serait temps que l'univers l'apprenne), on baille. On baille mais on continue à y croire. Car, dès son entrée en matière, "Je l'aimais" semble faire preuve d'une jolie pudeur, d'une délicatesse qu'on ne soupçonnait pas chez une réalisatrice pas très finaude dans ses choix passés. Et lorsqu'est enfin introduit le personnage de Mathilde, le film trouve son rythme de croisière. Les balbutiements de Daniel Auteuil sont les nôtres, le charme fragile de Marie-Josée Croze fait le reste.

S'il n'atteindra jamais une vraie dimension tragique, "Je l'aimais" fait son travail, c'est-à-dire dépeindre une relation si belle et pathétique qu'elle n'existe que dans les livres. C'est d'ailleurs là son énorme limite : malgré tous les efforts d'une réalisatrice qu'on sent touchée par son sujet, l'intrigue peine à dépasser le stade du roman-photo, bourré de rebondissements et de jolies choses, mais tout de même pas très nourrissant. La virée asiatique du couple d'amoureux est en cela révélatrice de la qualité générale du film, exhalant un exotisme de pacotille si suranné qu'il en devient touchant. Mais l'interprétation compense généreusement les défauts de l'ensemble : l'improbable couple-vedette est juste magnifique, Florence Loiret-Caille joue les malheureuses comme personne (ça mérite bien d'être répété), et Christiane Millet se sort prodigieusement du rôle le plus casse-gueule de l'ensemble, celui de la femme trompée mais digne. Ceci n'a apparemment rien d'un miracle : Zabou Breitman révèle ici un vrai potentiel de directrice d'acteurs et fait renaître l'espoir quant à sa carrière de réalisatrice.

"Je l'aimais" est le premier de ses films à ne pas se réfugier derrière un quelconque procédé, à filmer les sentiments comme des sentiments et pas comme des oeuvres d'art moderne. Le soin apporté aux détails (faire évoluer des personnages sur 20 ans sans maquillage, c'est fort) et la sincérité générale du projet montrent que sa cause est loin d'être désespérée.

Auteur :Thomas Messias
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