20 octobre 2020
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Je préfère qu’on reste amis… : Drôle d’endroit pour une rencontre

Alors que notre XXIe siècle offre des outils technologiques de plus en plus performants pour satisfaire notre quête effrénée de l'âme soeur (chat, forums de discussion et autres échanges virtuels sur le web), il peut paraître incongru, voire désuet, de mettre en scène dans "Je préfère qu'on reste amis" une histoire où deux personnages s'arrogent les services d'un spécialiste pour échapper à la solitude. Déjà en 1978, Claude Lelouch imaginait dans "Robert et Robert" (avec Charles Denner et Jacques Villeret qui décrocha le César du meilleur second rôle masculin) l'histoire d'une amitié entre deux célibataires qui se rencontraient dans une agence matrimoniale.

Sur un sujet similaire, assumant sans faux-semblants son versant old school, "Je préfère qu'on reste amis" (distribué par Mars Films) repose sur la sempiternelle collision des contraires avec la rencontre fortuite de Claude (Jean-Paul Rouve, parfait en clown triste) et Serge (Gérard Depardieu, sobre et décidément convaincant ces temps-ci), célibataires malgré eux au profil dissemblable. Le premier est un célibataire trentenaire dont la vie privée transparente est uniquement distraite par quelques tristes soirées avec des collègues de bureau. En quelques plans émaillant le générique d'ouverture, les cinéastes croquent le quotidien routinier d'un homme ordinaire (joli gag récurrent du supermarché où des clients se méprennent sur lui), malheureux au jeu et en amour, "timide et au bout du rouleau" selon son meilleur (!) ami. Le second endosse le costume du divorcé épanoui, la cinquantaine flamboyante, père de deux fillettes, pique-assiette aguerri dans des mariages chics dont il a fait son "terrain de chasse" privilégié pour d'improbables conquêtes amoureuses. Deux êtres que tout oppose mais dont les trajectoires vont se croiser dans la salle d'attente d'un spécialiste en rencontres, maquignon maquillé en gourou qui va prendre en mains leur vie sentimentale en déshérence.

Le point de basculement de "Je préfère qu'on reste amis", cette comédie drôle (séquence hilarante du speed dating dans un restaurant), parfois désenchantée, féroce à l'occasion, qui nous précipite dans cette ronde pathétique de deux coeurs solitaires qui finiront par trouver l'amitié. Si quelques longueurs pèsent sur le rythme d'ensemble, le film parvient à susciter l'intérêt jusqu'à son épilogue grâce à des personnages touchants interprétés par d'excellents comédiens (dont la géniale Annie Girardot en mère encombrante souffrant d'Alzheimer), principaux artisans de cette peinture sans prétentions mais assez juste d'une époque où chacun est inféodé aux vertiges de la communication mais semble incapable d'assumer les paradoxes de ses sentiments vacillants.

Auteur :Patrick Beaumont
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