20 octobre 2020
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Je préfère qu’on reste amis… : Un amour, c’est bien. Une amitié, c’est mieux !   

"Je préfère qu'on reste amis" (distribué par Mars Films). Quelle phrase douloureuse ! Combien de belles créatures nous ont brisé le cœur par cette formule ? Pourtant, dans le premier long métrage d'Eric Toledano et Olivier Nakache, ce sont deux amis qui prononcent cette phrase, se jurant à jamais fidélité. Les amis, ce sont ici Claude Mendelbaum (Jean-Paul Rouve) et Serge (Gérard Depardieu). Claude tripote des ordinateurs à la Défense, passe son temps à jouer au rami avec des collègues de bureau et s'occupe d'une mère atteinte de la maladie d'Alzheimer (Annie Girardot). Autant dire que des femmes, Claude n'en voit pas beaucoup. Par l'intermédiaire d'un mariage et d'un ami, Claude est invité à rencontrer une agence matrimoniale des plus étranges mais aussi et surtout Serge, un célibataire d'une cinquantaine d'années. Ils se mettent tous les deux en quête de LA femme.

"Je préfère qu'on reste amis" semble emprunter les chemins usés de la comédie sentimentale. Pourtant, voici que l'amitié vole la vedette à l'amour. Je préfère qu'on reste ami, et tant pis si la femme n'est pas au rendez-vous. En évitant immédiatement l'allusion à l'homosexualité, les réalisateurs renouent avec la comédie entre amis digne des productions d'Yves Robert. Sauf qu'ici pas de bande, juste un duo.

Si "Je préfère qu'on reste amis" se déroule sans accroc majeur, c'est que le talent des deux acteurs explose face à la caméra. Alors que la santé comique de Depardieu pouvait inquiéter (il faut tout de même rappeler qu'il incarne l'un des plus grands acteurs du cinéma français), Jean-Paul Rouve confirme tous les espoirs qu'un césar pour "Monsieur Batignole" avait placé en lui. Hilarant, il multiplie les situations cocasses, exploitant le talent des deux réalisateurs à croquer les stéréotypes d'une vie de bureau et l'ennui de celle des vieux garçons. Bien qu'inexpérimentés, ils évoquent avec lucidité un des grands sujets de société. Le don de faire rire descend, quant à lui, directement d'une ancienne expérience de moniteur de colonies. Ainsi, la scène d'ouverture, lors d'un mariage, révèle une grande expérience dans le domaine de la fête. Bras dessus-dessous, on s'éraille la voix sur La Danse des canards, la cravate nouée autour de la tête, le verre de mousseux brandi au plus haut, jusqu'aux guirlandes de papier crépon que la cousine Stéphanie a confectionné toute l'après-midi.

Cette première scène lance les bases d'un film qui met du temps… à décevoir. Car, très vite, on se demande comment "Je préfère qu'on reste amis" tiendra la longueur avec une trame narrative si mince : deux amis cherchent une femme. Une fois toutes les situations comiques inhérentes au sujet épuisées, le film perd de l'intensité, du rythme et surtout de la fluidité. Pourtant, le mérite d'Eric Toledano et Olivier Nakache est de ne pas sombrer dans le cliché suivant : une femme se glisse entre les deux amis et provoque la rupture. On craint le recours à cette ficelle mais l'amitié est bien plus forte. Elle recouvre tous les sentiments amoureux : jalousie, complicité, et même coup de foudre. Les réalisateurs parviennent à jouer avec les codes amoureux, notamment lors de la rencontre entre Claude et Serge, sans jamais rentrer dans l'équivoque sexuelle. Les deux hommes forment un couple, à part entière. Dommage tout de même que le danger de s'enfermer dans l'amitié et de tourner le dos à l'amour ne soit jamais abordé.

Long métrage moyen, moyen-métrage réussi, "Je préfère qu'on reste amis" pourrait ne pas se cantonner au simple téléfilm. La qualité des comédiens, une nouvelle fois, Jean-Paul Rouve réalise un inouï numéro d'acteur- mérite le déplacement. D'autant plus que ce film, bien qu'il délivre un message intemporel, traite de problèmes très contemporains, pointant du doigt ces marchands d'amour qui font payer la rencontre de l'Autre. Intéressant et drôle, "Je préfère qu'on reste amis" ravira les fans de comédie. Les autres cherchant l'objet de réflexion risquent d'être déçus. La comédie peine toujours à justifier un statut de film de l'année et on est encore loin du Après vous de Pierre Salvadori, drôle mais aussi surprenant et profond. Mais, au vu de la qualité de ce premier film, on est en droit d'attendre la suite avec impatience. Une telle oeuvre a le mérite de nous faire rire et c'est déjà pas mal. Et pour une fois, les célibataires se sentiront peut-être plus heureux que le couple assis à côté d'eux et qui s'embrassent durant tout le film.

Vive les amis ! (et vive les femmes, un petit peu aussi, quand même, que serions-nous sans elles ?)

Auteur :Matthieu Deprieck
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