5 décembre 2019
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Je suis un assassin : Prenant !

Extraordinaire ! Inondé dans la masse des quelques "L'Américain", "Nos amis les flics" et autres "J'me sens pas belle", et en pleine période estivale (ce qu'on pourrait également appeler la traversée du désert saharien pour les quelques producteurs qui se risquent à sortir des films alors que les spectateurs sont en vacances aux Bahamas ou ailleurs), voici que débarque sur nos écrans un thriller français qui excelle à tout point de vue : "Je suis un assassin". C'est très rare mais cela arrive encore !

Tout d'abord, c'est une surprise de voir Thomas Vincent, qui avait réalisé un "Karnaval" plutôt convaincant, s'atteler à un tout autre genre cinématographique. Surprise de voir aussi à l'écran l'aisance avec laquelle il promène son spectateur de bout en bout, ne laissant rien au hasard. Ici, pas un seul geste, pas un seul mouvement n'est gratuit. Cependant, l'originalité du film se situe ailleurs.

En faisant glisser son polar vers une voie très sombre, où les cauchemars se mêlent à une réalité cadavérique, "Je suis un assassin" donne le vertige au spectateur. A partir du moment où le cinéaste lance véritablement la machine, juste avant de semer quelques éléments d'explications çà et là, on se retrouve inconsciemment absorbé par quelque chose d'effroyable, de saisissant et de magistral.

Le film, dont les images témoignent d'un rapport quasi fusionnel avec le sang, incarne à merveille ce qu'il cherche à transfigurer : le glissement, cette "partie d'humanité qui disparaît en nous lorsque l'on tue quelqu'un" (dixit Frangois Cluzet lors d'une interview).

Toutefois, cet engrenage meurtrier, qui dérape très vite vers une espèce de folie assassine, n'est qu'un aspect du film, parmi beaucoup d'autres. D'ailleurs, de manière presque surnaturelle, c'est aussi l'humour noir qui est omniprésent à travers des répliques de velours que Bernard Giraudeau se fait un plaisir de distiller tout au long du film.

Quant aux trois grands rôles de ce film, il y avait bien longtemps qu'on n'avait pas vu de telles performances sur grand écran. Karin Viard est d'une spontanéité extraordinaire et angoissante, incarnant, ici, une femme aux multiples visages : douce, provocatrice et fatale; le calme imperturbable de François Cluzet sied parfaitement à son rôle de l'écrivain assassin (mais n'est pas assassin qui veut...).

Bernard Giraudeau, lui, montre tout de la psychopathologie incarnée, nous faisant oublier tout ce qu'il a pu faire auparavant : cet homme est né pour jouer le rôle de Brice Kantor ! (désolé, cela me brûle des doigts, mais je ne vous en dirai pas plus à ce sujet...).

Le film de Thomas Vincent est dont quelque chose de complètement inattendu et surtout de singulièrement ambigu, à l'image des trois personnages, dont il est fort possible d'imaginer qu'il s'agisse des trois facettes d'une seule et même personne. A méditer donc.

Cadavérique donc, glacial et "charnel" (comprendrons ceux qui verront la fameuse scène de la salle de bains où Karin Viard mange quelque chose), "Je suis un assassin" nous prend à la gorge et n'est pas prêt de nous lâcher la jugulaire même une fois terminé.

Auteur :Houmann Reissi

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