21 juillet 2019
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Je t’aime, Je t’adore : La rédemption d’un sombre « Tanguy ».

Tel un Carmen du XXIème siècle, le film de Bruno Bontzolakis, Je t'aime, je t'adore, est dans la lignée du réalisme cinématographique. Le seul problème est que nous ne sommes pas clients de ce genre de film, et notre appréciation s'en trouve donc mitigée.

D'aucuns penseront que le film de Bruno Bontzolakis est magnifique et pour cause : il nous parle d'un couple qui s'est connu trop tôt et dont les sentiments s'étiolent forcément avec le temps. Là n'est pas le leitmotiv du film puisque de toute façon Delphine et Laurent ne tenteront rien pour reconstruire leur couple, ou plutôt si : un enfant. Une erreur magistrale qui ne fait que confirmer l'adage bien connu " il ne faut pas attendre que ça aille mal pour faire des enfants " ! Au delà de cette situation Je t'aime, je t'adore parle de la non - communication, même si avec un tel titre, on pouvait s'attendre à voir un film emphatique, ou pourquoi pas romantique ! Filmer la non - communication force le respect, car les acteurs doivent jouer à ne surtout pas être expressifs, et les dialogues doivent être courts, précis, et ne surtout pas dévoiler les pensées du personnage, tout en nous aiguillant sur leur personnalité. C'est donc un exercice de style plutôt scabreux et que maîtrise parfaitement le réalisateur.

Etonnant aussi ce retournement de situation où un fils surveille l'heure à laquelle rentre son père ! Défaitiste et fataliste, ce fils, Laurent, est financièrement accroché à son père, et se complait dans cette vie qu'il n'a même pas l'air de subir. Ce "Tanguy", beaucoup moins drôle que le personnage de Chatilliez, est tout le contraire de David, excellent Clovis Cornillac, l'amant solitaire et battant, auquel ne résistera pas Delphine. Donc, il va de soi, que le film porte un regard intelligent et lucide sur cette drôle de société pleine de contradictions, et où les relations humaines sont loin d'être aisées. Nous avons beaucoup aimé l'évolution de la relation père et fils, campés admirablement par un Jean-Luc Bideau touchant, à la voix chaude et rassurante, et Manuel Blanc, en fils ingrat, dont la précision du jeu est impeccable.

Le seul reproche est de nous infliger ces films qui, certes, révèlent un engagement, un point de vue sociétal, mais ne suffisent pas à nous convaincre entièrement. Avons-nous envie de notre reflet sur la toile lorsque nous entrons dans les salles obscures ? Evidemment, les films réalistes font réfléchir, mais l'image ne doit-elle pas transcender l'histoire, si l'on considère qu'elle constitue l'essentiel de cet art ? N'exagérons rien d'autant que si l'on en croit John Huston "pour faire un bon film, il faut trois choses : une bonne histoire, ensuite une bonne histoire, et enfin, une bonne histoire".

Vous l'aurez donc compris : si vous n'êtes pas clients de ce genre de films, comme nous, mieux vaut rester chez vous et revoir l'esthétique "odeur de la papaye verte", mais c'est un autre genre, et les goûts et les couleurs... 
Auteur :Laetitia Parent
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