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Jean-Philippe : Quelque chose en nous de Luchini

Et si on ne l'avait jamais appelé « l'idole des jeunes » mais plutôt « monsieur le directeur du bowling l'Olympia » ? Voilà le cauchemar de Fabrice (Luchini) dans "Jean-Philippe" (distribué par Mars Films) qui au, détour d'une soirée bien arrosée suivie d'une légère altercation, se voit propulsé dans un monde où sa star préférée n'a jamais existé. Fini les posters et autres collectors qui parsèment son grenier aménagé à l'image de Johnny, tout comme les mille chansons de l'artiste. Place à un univers cruel où le bon vieux Jean-Philippe Smet joue les modestes gérants après une carrière de chanteur avortée (un bête accident de vespa sur les chemins de la gloire).

Les seconds rôles ne durant qu'un temps, Johnny revient au devant de son public après plus de quarante ans d'absence en tant que « Johnny Halliday – acteur dans son propre rôle » (souvenez-vous de « D'où viens-tu Johnny ? » en 1963). Des millions de disques vendus entre temps, plus quelques rôles peu significatifs au cinéma, et nous revoilà plongés dans un film qui lorgne vivement vers une auto-promotion arrogante et fortuite. Ce n'est pourtant pas l'objet de "Jean-Philippe" malgré le titre, car bien plus centré sur les pérégrinations du fan ultime privé de bonheur musical que sur la légende du rock made in France. Oui, Fabrice Luchini est la star du film, débordant d'une énergie qui n'a d'égale que son désarroi face à la non-existence de son dieu, gesticulant sans arrêt pour daigner faire comprendre aux nombreux quidams que Johnny existe, a existé, ou au pire : doit exister.

La science-fiction au service d'une comédie populaire en hommage à la deuxième personnalité préférée des Français, cela aurait pu s'arrêter là et crever le box-office français à coup sûr. Mais le film lui, existe. Pas pour dépoussiérer les vieux disques vinyles et nous ressasser des refrains mille fois entendus ni pour faire plaisir à des millions d'aficionados , mais pour contenter tout le monde. Bien entendu, il faut aimer Luchini, tout comme les pirouettes historiques, les heureuses coïncidences et les rebondissements téléphonés depuis le générique d'ouverture.

Rien de bien difficile pour apprécier ce "Jean-Philippe" alors, car il révèle son lot de bonnes petites surprises, de moments intimistes apaisants (un magnifique duo entre les deux héros sur « quelque chose de Tennessee ») ou de franche rigolade initiés par les répliques percutantes de Fabrice Luchini. Johnny « l'acteur » fait toutefois pâle figure à force de jouer une normalité qu'il force là où le naturel aurait largement convenu, peinant à mimer celui qu'il aurait pu rester. On lui crée même un ennemi héréditaire peu reluisant au doux nom de Chris(tophe ?) Summer pour énerver le rockeur rebelle, mais rien n'y fait. Johnny reste « Johnny la bête de scène », pas le comédien qu'il aurait rêvé d'être. Dommage que "Podium" soit arrivé avant car "Jean-Philippe" reste un bon divertissement, même lorsqu'il essaie de nous faire avaler une pilule grosse comme le Stade de France.

Auteur :Julien Leconte
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