7 décembre 2021
Critiques

Jeune & Jolie : Conte puis cauchemar

Après le splendide "Dans la maison", dans lequel François Ozon livrait l'un de ses meilleurs films, par le biais d'un thriller pervers et manipulateur, revoici le réalisateur de "8 Femmes" et de "Potiche", avec un thème on ne peut plus casse gueule, la prostitution. Il évite heureusement pas mal d'écueils ce qui lui permet de livrer, avec "Jeune & Jolie", un film sensible et troublant, aux accents rhomériens dans ses premières minutes et sa construction en quatre saisons, mais qui porte incontestablement sa marque. En mettant en scène l'éveil à la sexualité puis très vite le basculement vers une prostitution assumée et libérée de toute contrainte, Ozon se pare d'un propos décomplexé où la morale n'entre pas en ligne de compte dans le passage à l'acte d'une héroïne mélancolique et sensuelle.

Par l'acidité de son regard et laissant libre cours à son goût pour la perversion, François Ozon ausculte ostensiblement avec sa caméra le corps de sa jeune comédienne, Marine Vacht, sublime révélation de ce film, naturaliste et clinique par moments, mais qui ne lasse pas d'interroger. Sans s'appesantir sur les motivations de la jeune fille, il dépeint avec un talent certain, cette jeunesse appartenant à la moyenne bourgeoisie en manque de repères, et qui se brûle les ailes sous les feux d'une provocation qu'elle attise avec délectation.

"Jeune & Jolie" commence comme un conte désenchanté, sur une première expérience sexuelle effectuée à la va-vite, puis se mue tour à tour en rêverie initiatique insouciante avant de basculer en cauchemar révélateur des tourments d'une cellule familiale en apparence harmonieuse, et enfin en accomplissement personnel. Ozon gratte là où ça fait mal, livre à sa pellicule des images chocs dont la perversité latente est atténué par la délicatesse voire la retenue de son propos et qui, malgré son sujet, est d'une implacable lucidité.

On pourra reprocher à Ozon de ponctuer ses chapitres de chansons mélancoliques où la voix et les mots de Françoise Hardy appuient les états d'âme d'Isabelle, mais assumant comme toujours son goût pour le kitsch, le metteur en scène ne se trahira pas plus cette fois là. On l'a dit Marine Vacht est superbe dans ce rôle à la fois démonstratif et en retenue. Elle exprime une multitude de sentiments et par le trouble d'un geste ou d'un regard elle s'avère vraiment fascinante. Autour d'elle, Géraldine Pailhas en mère aimante et impuissante et Frédéric Pierrot en beau-père troublé et attentif sont de véritables atouts quant à l'homogénéité du casting. L'apparition de Charlotte Rampling confère à l'ensemble le cachet nécessaire pour que "Jeune & Jolie" s'inscrive dans la filmographie de François Ozon comme un morceau de choix.

Auteur :Fred Teper
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