22 septembre 2020
Critiques

J’irai mourir dans les Carpates : Une fiction réussie ?

Par Jérémy Joly


Antoine de Maximy, qui nous propose ici "J'irai mourir dans les Carpates", est une figure familière du petit écran. Avec son émission "J'irai dormir chez vous", il parcourt le monde avec trois caméras qui filment ses aventures, ses rencontres et les paysages. Grâce à lui, nous découvrons la culture d'un pays où nous n'irons peut-être jamais. Nous voyageons tout en restant dans le canapé de notre salon.

De 2005 à 2019, il a présenté pas moins de soixante émissions. En 2008, il passe pour la première fois du petit au grand écran en réalisant "J'irai dormir à Hollywood". Ce road movie documentaire se déroule de New York à Los Angeles où il essaye de se faire inviter par des stars. Son deuxième long-métrage à sortir dans les salles obscures s'intitule "J'irai mourir dans les Carpates", et cette fois-ci, Antoine de Maximy abandonne le documentaire pour laisser place à la fiction. Ayant eu des difficultés à produire ce projet, il a fait appel au financement participatif et grâce à un public fidèle, ce long-métrage a pu voir le jour.

Antoine de Maximy, dans son propre rôle de présentateur, imagine dans cette fiction, un drame lors du tournage d'un épisode de son émission culte. Filmant dans les Carpates, il est victime d'un accident de voiture qui plonge dans une rivière. Alors que son corps reste introuvable, sa monteuse décide d'achever cet épisode. « C'est ce qu'Antoine aurait voulu, que l'on termine quoiqu'il arrive son travail » d'après elle. Après avoir visionné les rushes, elle débute le montage. C'est alors qu'elle se rend compte de certains détails étranges... Commence alors une enquête afin de retrouver la trace d'Antoine de Maximy.

Durant certains tournages de son émission, il est arrivé à Antoine de Maximy de se retrouver dans des situations dangereuses avec des mauvaises rencontres par exemple. C'est avec l'accumulation de ces moments vécus qu'il a eu l'idée d'inventer cette fiction. Le film met du temps à démarrer et à montrer où il veut en venir. Le début montre un voyage avec une atmosphère chaleureuse, ce qui aurait pu être le départ de n'importe quel épisode de son émission documentaire. Seulement, cette fois-ci, tout est mis en scène, les personnages sont (quasiment) tous des acteurs. Il manque la spontanéité qui faisait la force de l'émission. Il faudra patienter un moment avant que le film "J'irai mourir dans les Carpates" vous fasse oublier qu'il pourrait peut-être s'agir d'un simple documentaire, laissant le spectateur dans le flou, et vous plongeant entièrement dans une pure fiction.

Max Boublil et Alice Pol sous la direction d'Antoine de Maximy

Dans ce film, les spectateurs du petit écran, pourront retrouver des clichés que l'émission a pu créer au fil des années ou des moments forts. Antoine de Maximy se retrouve complètement ivre, après avoir goûté à plusieurs reprises la boisson locale alcoolisée (qui rappelle son voyage en Corée du Sud), se laisse séduire par une femme au physique peu attirant (les curieux se demandent si cela est déjà arrivé), nous offrant des scènes comiques réussies. Toutefois, il y a aussi des scènes inquiétantes comme la rencontre avec des habitants hostiles ou avec une secte. Ce mélange intéressant forme une sorte de condensé de ce qu'était l'émission "J'irai dormir chez vous" qui rappelle des souvenirs aux spectateurs fidèles mais donne aussi une image à ceux qui ne l'auraient peut-être pas suivie.

Le film alterne entre les scènes du faux documentaire et celles où la monteuse, jouée par Alice Pol, travaille. Malheureusement pour elle, un stagiaire (joué par Léon Plazol) lui a été imposé. Ce dernier est le stéréotype du jeune qui veut travailler dans le cinéma, un naïf perdu dans ses illusions. Il est persuadé que son scénario va plaire à Vincent Cassel qu'il cherche désespéramment à contacter et que ce dernier acceptera de jouer dans son film. Incapable de rester en place sur son siège et n'ayant aucune connaissance technique, il est le pire stagiaire et il déconcentre le travail de la monteuse qui peine à s'en débarrasser. Ces scènes de montage permettent de se rendre compte du travail pour la création d'un film : les prises, les rushs, le montage, etc. Mais surtout, ces scènes vont amener petit à petit du suspense, une enquête policière passionnante s'installe à travers le faux documentaire qui permettra de retrouver Antoine de Maximy.

Sur l'affiche du film, aux côtés d'Antoine de Maximy, Alice Pol et Max Boublil y figurent. Autant Alice Pol a un rôle bien écrit et intéressant dans lequel elle excelle, autant Max Boublil a droit à un personnage creux, vide et inutile au récit si ce n'est pour créer une petite histoire d'amour sans intérêt avec la monteuse qu'il drague avec des méthodes maladroites. Bien qu'il joue un lieutenant, son personnage n'apporte rien à l’enquête, puisque la monteuse fait tout le travail à sa place. Il est navrant de constater que Max Boublil peine à imposer sa présence, non pas qu'il ne soit pas bon, bien au contraire, mais parce que son personnage n'a pas été assez développé. Antoine de Maximy n'est pas un acteur, mais jouant son propre rôle qu'il a interprété plusieurs dizaines de fois dans son émission, il est plus que convaincant. A noter aussi dans un second rôle, Stéphan Wojtowicz, dont le visage est toujours un plaisir à retrouver dans un film.

"J'irai mourir dans les Carpates", malgré ses défauts, est une fiction agréable à regarder, qui régalera les admirateurs de l'émission d'origine. Il est fortement conseillé de regarder le générique de fin jusqu'au bout, ça vaut le coup d’œil !


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