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John Q de Nick Cassavetes : La critique

L'histoire de "John Q." est aujourd'hui malheureusement trop banale, des histoires comme celle-ci les colonnes des journaux nous en fournissent par paquets chaque semaine.

John Q. est un homme qui est obligé de travailler à mi-temps, avec tout ce que ça implique comme baisse de salaire, parce que son entreprise a délocalisé une partie de sa production au Mexique, sa femme est serveuse et ne gagne pas grand chose.

Aussi lorsque leur enfant a besoin en urgence d'une transplantation cardiaque, les médecins leur annoncent que leur mutuelle ne couvre pas ce genre d'opération et qu'ils ne leur restent qu'une seule solution : regarder mourir leur enfant. John Q. décide alors de prendre l'hôpital en otage afin de forcer les médecins à pratiquer la transplantation.

De ce sujet propice aux larmes faciles, Nick Cassavetes s'en tire avec élégance. Il n'a certes pas le talent de son père, John Cassavetes, mais il a retenu de lui l'art de filmer les scènes intimistes.

Pour mémoire, John Cassavetes fut en son temps l'un des piliers de la Nouvelle Vague américaine dans les années soixante. Il faisait partie d'une bande de potes dont quelques uns ont pas mal réussit : il y avait notamment un certain Steven Spielberg, un jeune barbu dénommé Francis Ford Coppola et un obscur réalisateur de science fiction que certain appelaient Georges Lucas.

Blague à part, il fut surtout le mentor de Scorsese à l'époque où ce dernier tournait "Mean Street". Mais le destin est cruel et John Cassavetes décéda tragiquement au moment où ses amis de toujours atteignaient la gloire.

Ce que l'on retiendra surtout de "John Q.", c'est l'interprétation brillante de Denzel Washington. Comme à son habitude il s'est totalement investi dans son rôle jouant, sans en rajouter, sur le registre de l'émotion et de l'incompréhension. Parfaitement crédible en ouvrier perdu face à la machinerie médicale, il nous livre une composition tout en tendresse. Préparez vos Kleenex, vous allez en avoir besoin !

On ne retiendra par contre pas les performances de Anne Heche et de James Wood. La première a abandonné ses tribulations de maniaco-dépressive dans Ally Mac Beal pour camper une directrice d'hôpital froide et cynique. Quant à James Wood, il s'ennuie à mourir et incarne avec mollesse un chirurgien plus préoccupé par ses parties de golf que par ses patients.

Le principal défaut de "John Q." se trouve justement dans cette vision manichéenne de la médecine. En voulant dénoncer la médecine à deux vitesse Nick Cassavetes tombe dans la caricature, ce qui le sauve du ridicule c'est son intelligence à désamorcer les scènes graves et son sens de la nuance dans la dramaturgie. On a évité les violons et les dialogues lacrymales de justesse !

Dans l'ensemble, "John Q." est un bon film qui a au moins ce mérite de nous faire prendre conscience du problème actuel de remboursement des soins, problème qui nous concernera tous bientôt si le trou de la sécu' continue à se creuser... [

Auteur :Sébastien Denizart
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