23 septembre 2020
Critiques

Jojo Rabbit : Riez avec Hitler

Par Jérémy Joly

Connu pour avoir réalisé "Boy" (2010), "Vampires en toute intimité" (2014), "A la poursuite de Ricky Baker" (2016) ou encore "Thor : Ragnarok" (2017), le réalisateur néo-zélandais Taika Waititi revient avec un nouveau film intitulé "Jojo Rabbit". Il s'agit de l'adaptation du roman « Le Ciel en cage » de Christine Leunens, publié en 2004, une histoire grave, dans laquelle Taika Waititi a ajouté une note plus comique à son film.

"Jojo Rabbit" nous plonge en Allemagne, durant la Seconde Guerre mondiale. Jojo « Rabbit » Betzler, âgé de 10 ans, est maltraité par ses camarades. Pour se consoler, il fait appel à son ami imaginaire qui n'est autre qu'Adolf Hitler. Amoureux de la « nation », il voit sa vie remise en cause lorsqu'il découvre que sa mère Rosie, cache une jeune fille juive, Elsa Korr.

Parler de la Seconde Guerre mondiale et d'Adolf Hitler, un sujet sérieux et dramatique, sur un ton comique est très complexe. De grands réalisateurs ont fait ce pari risqué. Ce fut le cas notamment de Charlie Chaplin qui caricature Hitler dans "Le Dictateur". Roberto Benigni créa un conte philosophique avec des petites touches comiques sur le sujet des camps de concentration dans "La vie est belle". Enrst Lubitsch traita la Seconde Guerre Mondiale de façon comique dans "To Be or Not to Be" et Mel Brooks ria du nazisme dans "Les Producteurs". Quant à "Jojo Rabbit", ce film développe une grande liberté comique, il ose absolument tout, ne s'auto-censure jamais. Faire le choix de cet humour est risqué, car l’œuvre peut plaire mais aussi choquer.

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Roman Griffin Davis, Sam Rockwell et Scarlett Johansson - Copyright 2019 Twentieth Century Fox

Le personnage d'Adolf Hitler du film, interprété brillamment par le réalisateur lui-même, est la version imaginée par le petit garçon de 10 ans du dictateur. Hitler devient délicieusement ridicule et amusant. Dans cet univers barge et délirant, on y retrouve Scarlett Johansson qui joue la mère de Jojo, une résistante et qui ne veut pas briser les illusions de son fils. C'est un régal de la voir dans un registre différent de ce qu'elle a pu jouer auparavant.

Thomasin McKenzie interprète une jeune juive qui se cache des nazis et qui va se lier d'amitié avec Jojo. Rebel Wilson joue une secrétaire nazie déjantée. Le personnage principal, Jojo Rabbit, est tenu par le jeune Roman Griffin David, dont c'est le premier film. Retenez bien ce nom, vous allez sûrement encore en entendre parler. Le casting pour trouver les enfants a dû être laborieux pour dénicher des enfants aussi doués. Archie Yates, qui joue le meilleur ami de Jojo, a une « gueule » de cinéma extraordinaire.

Toutefois, derrière cette comédie loufoque, aux couleurs vives, se cache en réalité un drame. En effet, après avoir passé plus de la moitié du film à rire, le spectateur se retrouve tout à coup plongé dans une histoire plus réaliste. Il se retrouve confronté aux horreurs de la guerre, au moment où il s'y attend le moins, créant une terrifiante surprise. Le film nous propose alors une vraie réflexion sur le nazisme, l'enrôlement des enfants dans les Jeunesses hitlériennes et l’antisémitisme.

Les bandes originales, composées par Michael Giacchino sont réussies. On y retrouve aussi des chansons intéressantes comme les versions allemandes de « I Want To Hold Your Hand » des Beatles et de « Heroes » de David Bowie. "Jojo Rabbit" fait donc partie de ces films comiques intelligents qui utilisent l'humour pour aborder des sujets graves afin d'apporter une réflexion aux spectateurs.


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