15 novembre 2019
Critiques

Joker : Ceci n’est pas un film de super-héros

Critique du film Joker

par François Bour

"Joker" de Todd Phillips propose quelque chose qui n’est pas habituel au cinéma aujourd’hui. Si les comics sont, en effet, largement adaptés pour les salles obscures, la majorité propose avant tout un divertissement spectaculaire. "Joker" se place sur ce point, en contre-pied, de la tendance actuelle.

"Joker" est une proposition cinématographique qui va en déstabiliser plus d’un. Ceci n’est pas un film de Super Héros, pour paraphraser René Magritte. C’est pourtant bien dans cette catégorie que s’inscrit la production de DC Comics. A en croire Todd Phillips, il ne faut pas pour autant inscrire son long métrage dans un quelconque univers.

Son "Joker" est un film sur les origines d’un des plus célèbres personnages de comics mais ce n’est qu’un film sur un homme. « Nous ne faisons pas ce film sur le Joker, nous racontons l'histoire de Arthur Fleck qui devient le Joker. Ce sera sur cet homme. », a confié le réalisateur américain. Un homme pas tout à fait comme les autres cependant. Arthur Fleck est en effets atteint de plusieurs troubles comportementaux, combiné à une personnalité alimentée par des idées noires permanentes.

C’est une quête de sens et d’identité que va suivre le spectateur durant deux heures. « Il y a quelque chose qui se passe dans leur vie qui fait qu'ils perdent foi en l'humanité. Ils voient ses défauts et sentent qu'ils ont besoin de les corriger. C'est ce qui se passe avec le Joker : au début, on voit qu'il est vraiment une personne heureuse. Il essayait vraiment de trouver cet espoir en l'humanité avant que cela ne le brise et qu'il abandonne pour la remodeler à son goût », confie l'acteur Brian Tyree Henry. Voilà ce qu’est Joker, la transformation de l’homme Arthur Fleck vers le monstre nommé le Joker.

Le spectateur fait donc connaissance avec Arthur Fleck, sa personnalité et son environnement pour voir ces deux éléments progressivement évoluer. Une évolution qui prend un temps certain. Il ne faut pas s’attendre à voir Joaquin Phoenix en Joker avant au moins la dernière demi-heure. L’accouchement de cette naissance du démon est long et sans péridurale. Il faut dire, pour filer la métaphore, que ce Joker est un beau bébé qui demande aux spectateurs quelques efforts. D’abord, celui de supporter le personnage principal. Arthur Fleck n’a, en effet, rien d’attachant. Sa personnalité est finalement à l’image de l’ambiance du film : dérangeante.

Les rires entendus en salle ne sont que les siens, le malaise provoqué par ce personnage et son parcours est réel. Ce qui pourrait apparaître pour certain comme le principal défaut de ce film est en réalité sa plus grande qualité. L’interprétation de Joaquin Phoenix est la source principale d’une sensation omniprésente. C’est le deuxième effort demandé au spectateur : supporter l’ambiance du film. La composition musicale oppressante et lancinante de Hildur Guðnadóttir en est une des illustrations. Elle vient bien souvent appuyer des scènes où l’interprétation de Joaquin Phoenix est au centre de l’image.

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Joaquin Phoenix

Il résume, presque à lui seul, les qualités et les défauts de ce film. Joaquin Phoenix livre dans Joker, une prestation de dingue. C’est le mot juste dont le symbole est ce rire. Le fameux du Joker. Si le personnage arrive à vampiriser l’ambiance du film, c’est en grande partie par le travail de l’acteur. Sa gestuelle, ses regards, sa démarche, son physique, ses expressions…

Joaquin Phoenix incarne véritablement le Joker. Une incarnation mise en abîme par le cinéaste derrière la caméra. Todd Phillips compose autour de son artiste un cadre sophistiqué, à l’image de la référence assumée du réalisateur à "Taxi Driver" de Martin Scorsese. Il s’applique à s’éloigner du genre dans lequel son film s’inscrit pour offrir une proposition diamétralement opposée aux films de Marvel.

C’est d’ailleurs cette opposition qui résume le mieux les intentions du cinéaste avec "Joker". Il ne faut pas y voir une adaptation de Comic, et encore moins espérer revoir ce Joker, le personnage, face à Batman. « Nous n'avons absolument rien suivi des comic books, ce qui va rendre les gens fous », avoue le metteur en scène qui définit lui-même son film davantage comme un film d’auteur qu’un film de super héros. Même si grâce à son film, Joaquin Phoenix montre ses super pouvoirs d’acteur.

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