8 décembre 2019
Critiques

Joker : Plaisanterie de courte durée

La critique du film Joker

Par David Marmignon

Encore un film qui débarque, auréolé de buzz de festival, de son lion d’or de Venise et ses dithyrambes de réseaux sociaux façon « film de la décennie », « film de super héros d’auteur et pour adultes » et « œuvre sulfureuse, d’une noirceur absolue, chef d’œuvre hardcore, à la folie dantesque ». Et encore une fois il convient de faire redescendre tout le monde sur Terre, tout en essayant de garder un sang-froid de mesure.

C’est ça votre film de psychopathe ultime ? Votre parangon de perversion dérangeante ? "Joker" est un film qui ne raconte rien, qui étire son seul embryon d’idée à l’envie et ne propose au final rien d’autre qu’un DC movie lambda, juste un peu mieux emballé qu’à l’accoutumé. Sauf qu’un étron avec un nœud pap’ restera toujours une belle bouse. (Zut, ne pas s’énerver)

On ne croit jamais au film. On ne voit que la performance, que l’artifice. Que le calcul marketing bien étudié pour se différencier de la grosse machine Marvel, alors que "Joker" n’a rien de mieux à proposer qu’un remake aseptisé de certains des chefs d’œuvres de Martin Scorsese. "Une Valse des Pantins" conduite par un "Taxi Driver" bien étudié pour faire frémir, mais pas trop, les têtards de 2019, mais qui ne constitue jamais l’effroyable descente aux enfers qu’on voudrait nous vendre.

Rien de révolutionnaire dans ce scénario au déroulé prévisible, qui s’éparpille dans des twists honteux et inutiles, et surtout qui ne provoque jamais d’émotions, qui ne joue jamais à bousculer la morale du spectateur : Ce Joker est toujours présenté comme une victime, qui ne devient violent que par vengeance et/ou réaction de défense, ne s’attaque qu’à des profils de violeurs ou de bully (encore une fois le film est vraiment bien ancré dans notre époque, alors qu’il se déroule fin 70’s – début 80’s). Pire, toute la violence se déroule hors cadre, pour ne pas non plus trop choquer Kévin, 12 ans, et son appareil dentaire.

Son récit d’émancipation d’un fou révolutionnaire qui veut foutre le feu au système, symbole des 99% en lutte contre les 1% vendus par nombre trailer n’est jamais assumé, jamais montré. Ce Joker n’est pas révolutionnaire, le film ne cesse d’expliquer qu’il n’est pas à l’origine des émeutes, il n’est pas violent, c’est « la-société-qui-n’est-pas-gentille-avec-lui-beuheuheu-le-pauvre. La force du chaos vantée par Christopher Nolan a ici, à chaque fois, ses actions justifiées, et n’est jamais à l’origine de ses actes. Pour le criminal mastermind on repassera !

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Le discours politique du film ressemble à celui d’un milliardaire qui agrippe bien fort son attaché-case contre son cœur, qui a peur de tous ces barjots qu’il croise dans la rue, qui aimerait bien que tous ces inadaptés trouvent un travail et fassent ENFIN quelque chose de leur vie. Un regard pitoyable qui ridiculise et infantilise n’importe quel mouvement de révolte, associé ici à une horde de zombie suiveurs, irréfléchis et dangereux.

Joaquin Phoenix y met du cœur certes, mais jamais on y trouve de l’empathie. Il crie, danse, bave face caméra, mais cela ne constitue en rien une analyse fine et subtile de sa psyché. Au contraire, on serait plutôt dans la catégorie du Panzer : La seule bonne idée du film, son rire malade, est répétée et étirée ad vitam aeternam jusqu’à perdre complètement du peu de force qu’elle dégageait. Reste la performance physique, bien réelle, mais au service du vide.

Car "Joker" tourne à vide, et ne constitue jamais une proposition « autre » : il s’intègre parfaitement dans la mythologie DC, multipliant les références sans intérêt à Batman, cachetonnant encore une fois comme n’importe quel autre film de super héros, et n’offrant jamais un écrin digne de ce nom pour deux des plus grands personnages de comic book. La coupe est pleine lorsqu’au final, on retrouve ce fichu collier de perles qui s’éparpille sur un trottoir détrempé. Révolutionnaire on vous dit !

"Joker" ne s’assume jamais. Jamais malsain, il ne propose qu’une noirceur de façade, un apparat ne servant qu’à masquer son calcul marketing bien pensé. Il suit parfaitement sa belle formule étudiée pour cartonner, et au vu du box-office et des réactions dithyrambiques hallucinantes, le braquage des salles est un succès.

Ici, on sauvera juste une jolie photo, et un Joaquin Phoenix habité. Et on préférera revoir un vrai film qui met à mal notre morale, une vraie œuvre malsaine qui met à l’honneur des vrais psychopathes qu’on se surprend à aimer malgré les atrocités qu’il dépeint : "The Devil’s Rejects" de Rob Zombie. C’est sûr que là, ça va lui faire tout drôle à Kévin.

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