4 décembre 2020
Critiques

Josep : Le destin dessiné d’un réfugié

Par Jérémy Joly


Avant de se lancer dans le cinéma, Aurel s'est fait connaître dans la presse. Ses dessins d'actualité paraissent dans Le Monde, Marianne ou encore Le Canard enchaîné. En 2011, il co-réalise avec Florence Corre un court-métrage d'animation "Octobre noir". Son premier long-métrage d'animation, "Josep", revient sur l'histoire vécue du dessinateur Josep Bartoli durant la Seconde Guerre mondiale. "Josep" fait partie de la sélection officielle du Festival de Cannes 2020 et a été présenté l'année dernière au Festival d'Annecy.

Dans le film "Josep", un adolescent, nommé Valentin, se retrouve chargé de surveiller son grand-père, mourant et dont la mémoire fait défaut. Mais ce dernier va raconter à son petit-fils et aux spectateurs un moment de sa vie. Il était gendarme durant la Seconde Guerre mondiale et a été témoin d'une période inconnue et peu glorieuse de l'Histoire de France. En 1939, des milliers d'Espagnols ont fui le régime fasciste de Franco et sont venus se réfugier en France. Le Gouvernement a pris la décision de les parquer dans des camps et c'est dans l'un d'eux que Josep Bartoli est enfermé.

Avec le film "Josep", la xénophobie et l'intolérance sont bien décrites. Certains gendarmes profitent de leur pouvoir pour frapper les espagnols, les traiter comme des prisonniers. Le communisme est perçu comme une menace. Des personnes qui quittent leur pays à cause de la guerre et se retrouvent obligés de se réfugier à l'étranger dans des sortes de camps, cela fait forcément échos à notre actualité. Le problème est toujours présent et non résolu.

L'animation dans "Josep" est composée de dessins en 2D. Le détail des décors en arrière-plan est impressionnant. Le travail sur les couleurs est superbe. Même s'il n'y a que très peu d'animation dans les dessins, les images s'enchaînent avec une grande fluidité. Lorsque le sujet de la politique est abordé, on ressent le passé de dessinateur d'actualité du réalisateur, le dessin devient satyrique.

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Le film rend hommage au dessinateur Josep Bartoli. "Josep" permet de découvrir sa vie et son œuvre qui étaient restées dans l'ombre. Fondateur du syndicat des dessinateurs, il a continué à dessiner malgré son incarcération en France, où il a échappé à la Gestapo. Après 1943, il décide de partir au Mexique, où il devient l'amant de Frida Kahlo. Puis, il s'est installé aux États-Unis, où il dessine pour des revues, peint et crée des collages. Pour les plus curieux, ce film permet de nous intéresser à cet artiste peu connu du grand public.

Les voix dans le film "Josep" sont servies par une distribution remarquable : Sergi Lopez dans sa langue natale, David Marsais surprenant et convaincant dans le rôle d'un adolescent, Valérie Lemercier, Bruno Solo et François Morel. Mais, surtout, nous retrouvons un géant du doublage, Gérard Hernandez, dont la merveilleuse voix sublime le personnage du grand-père qui devient le narrateur. Une histoire racontée par Gérard Hernandez captive immédiatement.

"Josep" est un film d'animation qui vous étonnera par son originalité, tant par sa technique que par son sujet. Il prouve aussi qu'en France, nous avons un savoir-faire de qualité dans ce domaine. Allez découvrir l'univers de Josep Bartoli !

En plus : interview du réalisateur Aurel...


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