23 juillet 2019
Critiques

Journal d’une femme de chambre : Femme servile

Jamais deux sans trois ! Le roman d'Octave Mirabeau prend des airs de source inépuisable d'inspiration. En effet, Benoît Jacquot est le troisième homme à jouer le jeu de l'adaptation cinématographique.

Et contrairement aux persistantes rumeurs, ce n'est pas Marion Cotillard mais Léa Seydoux qui prête ses traits au personnage principal qu'est Célestine. Alors, énième adaptation à jeter à la poubelle ou jolie surprise ? L'équipe du Quotidien du Cinéma vous dit tout !

A travers ce portrait de famille, cet éventail de personnages haut en couleur, du bon et du moins (forcément, sinon ce n'est pas très marrant). Le couple Lanlaire est à mourir de rire. En ménage dans la vie comme sur pellicule, ils sont à l'origine des scènes les plus comiques de ce drame social.

On ne peut en dire autant de la relation portant toute l'intrigue sur ses épaules, celle unissant Célestine et Joseph. On ne peut blâmer Léa Seydoux et Vincent Lindon, chacun suivant modestement les directives avec plus ou moins d'entrain.

Mais le récit, bourré de flash-back et d'ellipses en tout genre, fait surgir cette romance de nulle part, tel un cheveu sur la soupe. Il y avait pourtant tant à faire. Mais la dualité des personnages ne saute pas aux yeux. Leur union non plus. Le dénouement encore moins.

Si comme moi vous n'avez pas lu le livre original (allez c'est bon, n'ayez pas honte !), vous ne trouverez pas forcément l'alliance évidente. On s'acharne à décrire Joseph comme un homme austère, taciturne et bourru. Une bête, sans foi ni loi (on le soupçonne même de viol sur une fillette de douze ans).

Homme à tout faire dans la même maison depuis plus d'une décennie, il ne lui faut pas un dixième de seconde de réflexion pour les dépouiller et prendre les voiles. Célestine est censée être son opposé. Une petite fleur délicate qu'on cherche à sauver des mauvaises racines et de la boue. Problème, elle apparaît plus comme une fille sûre d'elle à la sensualité transcendante.

Qu'on aime Léa Seydoux ou pas, qu'on soit sensible ou non à ses charmes et son apparence physique de façon plus général, il faut bien le reconnaître. Elle joue les filles faciles comme personne. Pas étonnant que les seules propositions que reçoit Célestine soient de petite vertu.

Maître vicelard, maquerelle ou jeune puceau : tous savent à qui ils ont affaire, ou du moins le détecte. Un parti pris du réalisateur, même si à mon sens, un personnage plus virginal et « madonnesque » aurait été plus harmonieux.

Profitons-en pour rebondir sur le jeu de Léa Seydoux, seule véritable tête d'affiche du film (monsieur Vincent Lindon ayant, si je puis me permettre, pris un sacré coup de vieux). Encore une fois, néophyte concernant l'œuvre d'origine, je ne saurais vous dire si sur son personnage il y a une réécriture. Il n'empêche que le rôle lui va comme une seconde peau.

Cette fille bien trop précieuse, parisienne méprisant vraisemblablement la province, murmurant dans sa barbe à chaque vexation provoquée par ses interlocuteurs. Oui, je l'admets. Léa Seydoux m'a (bien) fait rire. Mais je n'en suis pas surprise.

Déjà, lors de sa précédente collaboration avec Benoît Jacquot dans "Les Adieux à la Reine", elle avait su me séduire. Comme quoi, ce n'est pas dans les blockbusters où certains doivent se faire attendre.

"Le journal d'une femme de chambre" est un film avenant, mais qui ne cassera pas des briques à défaut du box-office. Il vaut cependant le détour particulièrement si vous êtes fan de cette belle époque qu'était le début du XXème siècle.

Ou même si vous ne l'êtes pas, dans la mesure où cette problématique qu'est la servitude des femmes est hélas encore très actuelle… mais plus pour très longtemps, il faut l'espérer. Mais bon, ne nous égarons pas, ceci est encore un autre débat !

Auteure :Melissa Chevreuil

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