30 octobre 2020
Critiques

Joyeux bordel ! : Une fiesta apocalyptique non assumée

La comédie américaine de Noël annuelle vient de sortir. L'époque a beau avoir changé la peinture (2016 oblige), la carrosserie reste au fond même, de telle sorte que l'on sait à peu près ce qu'on va y trouver : irrévérence de façade envers les fêtes (donc prévoir les blagues de cul et les répliques sacerdotales), personnages décalés qui n'existent que pour être décalés et gags faussement cathartiques sur les rituels collectifs de fin d'années. Mais aussi bons sentiments en pagaille, réconciliation de l'impertinence affichée avec l'esprit de Noël qui émane des effluves de la dinde et happy-end salvateur préservant l'American Way of Life

Même s'il relègue le contexte du réveillon à l'arrière-plan de son intrigue, il ne faut pas longtemps pour comprendre que Joyeux Bordel ne va faire que reconduire les ingrédients d'une formule qui a depuis longtemps montré ses limites. Pourtant, on était en droit d'espérer plus au regard de la personnalité des deux réalisateurs impliqués, qui affichent à leur tableau de chasse le grandiose Les rois du patin avec Will Ferrell (qui peut s'enorgueillir de la meilleure démonstration de kama sutra homosexuel sur glace ever). De fait, le problème de "Joyeux Bordel" ne vient pas tant de sa volonté de suivre un programme prémâché auquel il essaie de faire défaut sur le papier que de constater à quel point les sempiternelles recettes qu'il utilise le ramènent sur les rails consensuels desquelles il essaie de s'échapper. 

Ainsi, prévoir un best-of de tout ce que la comédie ricaine a pu accumuler comme signes de fatigue ces derniers temps : péripéties qui n'ont pour but que d'être prévisibles, seconds rôles sympas en pagaille uniquement là pour jouer la carte d'un iconoclasme automatisé (à l'exception de Randall Park, déjà à l'œuvre en Kim-Jong Il dans "L'interview qui tue"), trajectoires narratives à base de grosses ficelles téléphonées, etc. Bref, rien de bien neuf sous le soleil, si ce n'est que le capital sympathie des acteurs et quelques gags bien allumés permet à l'ensemble de se suivre d'un œil distrait.

C'est bien le syndrome de ces comédies qui jouent la carte d'une transgression facile vis-à-vis des conventions morales du genre sans jamais remettre en perspective les fondamentaux narratifs qui les articule (au contraire d'un Judd Appatow ou des frères Farrelly, les parrains de cette vague en train de s'échouer sur les récifs). Un élément vient pourtant sortir momentanément du lot le chemin balisé emprunté par l'ensemble : la satire sous-jacente du capitalisme moderne et sa promotion de l'individualisme forcené (Uber en prend pour son grade) qui s'oppose à l'esprit familial anachronique que les personnages essaient de préserver. Dommage que la fiesta apocalyptique censé servir d'accélérateur de particules se borne à rester une toile de fond finalement assez timorée plutôt qu'un catalyseur narratif qui se serait réjoui de danser sur les cendres fumantes d'un système aliénant. 

Auteur :Guillaume Méral
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