Critiques

Jumbo : Le manège enchanté

Par Jérémy Joly

Zoé Wittock est une scénariste et réalisatrice belge qui commence sa carrière avec des courts-métrages. En 2020, elle écrit et réalise son premier long-métrage "Jumbo". Ce film s'inspire de l'histoire d'Erika Eiffel, une américaine connue pour s'être « mariée » avec la tour Eiffel en 2007. Lorsqu'elle a découvert le monument en 2004, elle a ressenti une attirance « objecto-sexuelle » immédiate.

Dans "Jumbo", nous découvrons Jeanne, une jeune femme peu sociable, jouée par Noémie Merlant, qui nous offre une interprétation magistrale. Ayant des difficultés à communiquer avec les autres, elle préfère la solitude et s'enferme dans sa chambre, où elle fabrique des maquettes de manèges qui envahissent toute la pièce. Elle vit avec sa mère, interprétée magnifiquement par Emmanuelle Bercot. Cette mère est collante voire même envahissante. Elle n'hésite pas à se mêler de la vie sentimentale de sa fille, oubliant son rôle de mère et se comportant plutôt comme une copine. D'ailleurs, par sa façon de parler, de s'habiller et par ses actes, elle est comme une éternelle adolescente malgré son âge mûr.

La nuit, Jeanne travaille comme gardienne dans un parc d'attractions. Un soir, alors qu'elle nettoie un manège qu'elle baptiste Jumbo, ce dernier réagit aux paroles de Jeanne par des sons et des lumières. Une relation amoureuse se développe petit à petit. Alors que Jeanne refuse timidement les avances de son patron (joué par Bastien Bouillon), elle découvre la sexualité avec Jumbo et atteint même l'orgasme en se balançant dans les airs, accrochée sur un des sièges du manège. Heureuse de cette relation, Jeanne décide d'en discuter avec sa mère. Cette dernière réagit mal et décide de chasser sa fille de chez elle.

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Noémie Merlant - Copyright Insolence Productions – Les Films Fauves – Kwassa Films

Bien que l'histoire peut paraître, aux premiers abords, totalement improbable, surréaliste et même délirante, "Jumbo" arrive à convaincre les spectateurs. Le début du film peut faire sourire, quelques rires peuvent éclater, car le sujet, l'objectophilie, est plutôt délicat à aborder. Mais grâce à la poésie qui s'en dégage, "Jumbo" finit par vous toucher et transmettre des émotions, même si le déroulement du scénario est assez classique : la rencontre, la naissance d'une relation amoureuse, la dispute puis la réconciliation. Le sujet du film est profond, "Jumbo" propose une réflexion sur la différence. Face à l'incapacité que ses proches ont à comprendre ce qu'elle ressent, Jeanne lance cette réplique émouvante et qui résume bien la volonté de ce film : « Et si c'était à vous d'ouvrir les yeux ? ». "Jumbo" veut que l'on accepte les différences de chacun. Malgré sa souffrance d'être incomprise, Jeanne se bat contre les moqueries et le jugement.

Visuellement, le film est impressionnant, d'autant plus dans les scènes d'amour entre le manège et la jeune femme. Il nous offre un spectacle envoûtant avec une superbe photographie et une mise en scène efficace donnant l'impression aux spectateurs d'être à bord de ce monstre métallique. Il faut saluer la musique de Thomas Roussel, qui apporte une bonne d'ose d'émotions à ces scènes. Zoé Wittock a réussi à sublimer à la fois le visage angélique de son actrice principale, reflétant la fragilité du personnage, et son corps de femme, qui cherche l'épanouissement.

Ne laissez pas votre première impression vous envahir lorsque vous lirez le synopsis de ce film, et découvrez "Jumbo", un éloge à l'amour et à la tolérance.


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