8 décembre 2019
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Just a kiss de Ken Loach

Et voici maintenant "Just A Kiss" ! Si les films les plus ambitieux de Ken Loach ont souvent péché par la priorité donnée par le cinéaste aux théories politiques et sociales défendues plutôt qu'au traitement de ses personnages et situations, c'est surtout dans ses oeuvres les plus modestes, telles "Riff-Raff" ou "Raining Stones" que nous pouvions trouver les meilleures raisons d¹applaudir son travail.

Ce "Just A Kiss" plutôt mineur retrouve fraîcheur et légèreté, sans bien sûr se départir de l'acuité sociale chère à Loach. Après un "Sweet Sixteen" qui restera peut-être comme le film le plus fort de son auteur, celui de l'équilibre parfait entre force du propos, épaisseur narrative et précision de la mise en scène, ce nouvel opus peut dans un premier temps décevoir.

En effet, durant une assez longue première partie, la formation du couple "multiculturel" nous est montrée à la manière d'une gentillette comédie romantique, genre certainement très éloigné des préoccupations de Loach, qui filme tout cela assez paresseusement, distillant un relatif ennui que vient à peine troubler une délicate et touchante observation de la vie urbaine quotidienne.

Mais, alors que l'on ne s¹y attend plus, le vrai sujet du film fait son apparition, sujet éminemment contemporain, que "Just A Kiss" a le mérite de mettre en avant comme peu de fictions l'ont fait jusqu'alors: l'amour à l'épreuve des communautarismes et notamment des divergences entre traditions musulmanes et mode de vie occidental.

Loin de livrer le pensum qu'aurait pu laisser craindre ce "Grand Sujet", Ken Loach conserve le ton volontiers léger du début du film et se garde bien de tout réflexe accusateur: la famille musulmane se révèle tour à tour d'une généreuse humanité que sait parfaitement capter le regard du cinéaste et d'un effroyable et réactionnaire fonctionnement en vase clos.

Ainsi, chaque personnage du film, même si la plupart des personnages secondaires ne sont qu'esquissés, a droit à la complexité, à l'ambiguïté. Seul un personnage de prêtre est clairement pointé du doigt, lors d'une glaçante séquence qui suggère que les dangers de l'intégrisme peuvent miner toutes les cultures.

Les nombreuses - et pertinentes - questions qu'évoque "Just A Kiss", souvent avec l'air de ne pas y toucher, sont abordées par un Loach qui semble désireux d'aérer son cinéma, et qui nous livre un film certes très mineur, mais dont la légèreté se transforme en précieux atout.

En toute simplicité, malgré une mise en scène manquant quelque peu de tonus, le cinéaste anglais parvient, aidé de comédiens au naturel désarmant, à nous confronter à la problématique essentielle du choc des cultures avec flegme et modestie. Ce qui peut parfois être plus précieux qu'un discours empesé.

C'est pourquoi "Just A Kiss", qui ne marquera pas l¹histoire du cinéma, ni même la filmographie de Ken Loach, mérite de trouver une vraie place aux côtés des blockbusters de l'été.


Auteur : Rémi Boîteux

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