16 septembre 2021
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K-19 : Prisonniers du doute

Dans le domaine de l'action, Kathryn Bigelow s'est bâtie une solide réputation en filmant des polars dynamiques comme "Point Break" ou "Strange Days". Après une parenthèse intimiste ("Le poids de l'eau"), la réalisatrice s'est inspirée de faits réels pour relater le tragique voyage inaugural du "K-19" (surnommé le faiseur de veuves, d'où le titre original), le premier submersible nucléaire de l'arsenal soviétique et l'attitude courageuse de son équipage face à un dilemme dont l'enjeu de taille, était la préservation de la paix entre les deux grandes puissances.

L'action se situe alors que la guerre froide est en pleine effervescence. Le 18 juin 1961, le K-19 est mis à flots malgré ses équipements vétustes et doit exercer une mission de dissuasion. Le 4 juillet 1961, dans le nord de l'océan Atlantique, le bâtiment subit une grave avarie au moment où la tension s'accroît entre le capitaine Alexi Vostrikov et son subalterne, Mikhael Polenin.

Lorsque l'on pense aux films se déroulant à bord de sous-marins, d'incontournables références surgissent à l'esprit comme "A la poursuite d'Octobre Rouge", "USS Alabama", "U-571" ou encore "Le Bateau". C'est vers ce dernier que s'est principalement orientée Kathryn Bigelow en choisissant d'éviter les artifices spectaculaires pour se concentrer sur la psychologie des personnages.

La première partie présente une suite de démonstrations techniques (exercices et simulations en temps réel) alors que la deuxième repose sur des ressorts dramatiques. Ainsi, l'armée russe a payé un lourd tribut avec le sacrifice de nombreux membres d'équipage afin d'éviter une catastrophe dont la probable conséquence aurait été le déclenchement de la Troisième Guerre mondiale. Dans cet environnement à huis clos, la mise en scène instaure un suspense suffoquant où la claustrophobie contribue à entretenir le doute et la peur parmi des hommes à la limite de la mutinerie. On soulignera également que certaines scènes peuvent paraître assez dures notamment celles où les matelots sont irradiés après avoir effectué des soudures dans le compartiment du réacteur atomique.

Par-delà la guerre des nerfs avec les Etats-Unis, l'histoire donne lieu à un conflit intérieur où s'affrontent deux idéologies représentées par un magistral  tandem de comédiens : Harrison Ford impressionne par sa détermination, personnifiant le capitaine Vostrikov écrasé par un sens du devoir exacerbé, gagnant par la suite en humanité à travers cette terrible épreuve, face à cette personnalité intransigeante et taciturne, un autre acteur de poids, l'excellent Liam Neeson impose une forte présence, en incarnant le capitaine en second Polenin qui se veut plus proche de ses hommes par un esprit de camaraderie prononcé. La relation Vostrikov/Polenin évoquant par certains aspects, la rivalité entre Fletcher Christian et William Blight dans "Les révoltés du Bounty".

"K-19" (on évitera volontairement de citer le sous-titre tant il est ridicule) est une tragédie humaine en même temps qu'un hommage historique qui honore la mémoire de ces héros anonymes comme dans ce prologue certes émouvant, mais pas vraiment utile au récit.

Auteur :Fabien Rousseau

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