18 octobre 2021
Critiques

Kaamelott : Le retour du roi

Par Mickaël Vrignaud

 

C'est, sans doute, la comédie française évènement de cet été 2021. Alexandre Astier l'avait promis, Kaamelott est enfin de retour et ce dernier est pour le moins attendu. Des attentes qui mettent la pression mais le réalisateur a de quoi se rassurer. Son film est à la hauteur des espoirs placés en lui.

Il y a deux manières de se placer pour parler de “Kaamelott – Premier Volet” : faire partie de la fan-base monumentale que draine la série depuis quinze ans (à beaucoup d'égards, comparable à celle de "Star Wars") et savourer avec émotion et nostalgie ces deux heures de plaisir non-stop. Ou être un néophyte – ou un spectateur occasionnel – et aller, poussé par la curiosité, voir l'adaptation sur grand écran de cette pastille rigolote qu'on voit passer tous les week-end sur les antennes du Groupe M6. Que l'on soit l'un ou l'autre, un constat commun : Kaamelott-Premier Volet, ça envoie du très lourd, c'est généreux, visuellement bluffant et niveau dialogues...on a vraiment besoin de le préciser ?

Année 484, dix ans après sa prise de pouvoir, un Lancelot du Lac tyrannique règne sur la Bretagne, dilapidant la fortune du Royaume pour retrouver Arthur Pendragon, retiré loin de la Table Ronde après sa tentative de suicide... Ici commence le voyage d'Arthur que la rencontre avec un chasseur de primes joué par Guillaume Gallienne va remettre en selle. Parce que le film ne raconte pas moins que le retour aux affaires d'un élu qui n'a plus envie d'être élu, une sorte de Luke Skywalker façon "Les Derniers Jedi".

Et la comparaison ne s'arrête pas là, car pour son passage au cinéma, Astier voit grand, très grand : de la Maurétanie Césarienne jusqu'à l'Île de Tenet en passant par l'Aquitaine enneigée, Arthur va reprendre du poil de la bête et traverser un monde vaste, coloré, parfois hostile, comme un autre héros passait jadis d'une planète de glace à une lune forestière. Une démesure en raccord avec ce qui a toujours été la mission de Kaamelott: plonger des nazes dans une aventure épique, dans une épopée trop grande pour eux.

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Alexandre Astier et Alain Chabat - Copyright SND
Néanmoins, l'ambition démesurée du film est aussi ce qui fait son point faible : Kaamelott est tellement généreux, a tellement de choses à dire et à montrer, qu'on le sent à l'étroit dans son format de deux heures. La galerie de personnages, tous écrits sur mesure et interprétés par des comédiens qui semblent s'amuser comme des fous, disparaissent trop rapidement. On aurait bien repris du Gallienne ou un peu de rabe de Chabat.

Autre problème, peut-être plus gênant, certaines ellipses temporelles sont absolument énormes et deviennent parfois dérangeantes...elles le seront sans doute d'autant plus pour des nouveaux-venus qui n'auraient pas suivi la série ; disons-le clairement : ils pourront suivre le film, mais manqueront beaucoup, beaucoup, beaucoup de références.

Pour le reste : les dialogues claquent (c'est un peu la signature de la série mais c'est toujours bon de le rappeler) Astier étant depuis toujours une sorte d'hybride entre Audiard et Goscinny, la musique (d'Astier...encore) n'a rien à envier aux partitions d'un John Williams, les costumes vont remporter un César et la photographie (absolument voir le film en 70 mm !) et les décors naturels sont à tomber par terre.

Pour faire simple, "Kaamelott-Premier Volet", c'est de loin ce qu'on a produit de plus ambitieux en France depuis vingt ans. Et tout est signé de la main d'un type tout seul, qui écrit, réalise, compose, monte et joue... Alors on s'agenouille devant le roi et on dit merci.

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