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Kiki la petite sorcière : La critique du film

Par Benjamin Thomas


La reconnaissance du grand public européen mis du temps à venir, néanmoins, grâce à Princesse Mononoké, en 1997, les spectateurs occidentaux découvraient la profondeur, la richesse et la maturité du dessin animé japonais. Ce que les œuvres de Taniguchi et Urasawa sont en train d'opérer pour le manga (la bande dessinée nippone), à savoir faire tomber les préjugés tenaces à son égard, le rendre acceptable aux yeux d'un public qui l'avait un peu trop vite relégué au rang de manie pour adolescents boutonneux, Miyaziki l'a fait pour le dessin animé. La consécration fut bien sûr l'ours d'or obtenu à Berlin en 2001 pour son dernier opus en date, le Voyage de Chihiro. On pouvait enfin, dès lors, appréhender ces œuvres d'une grande richesse comme n'importe quel autre film.

L'univers de Miyazaki est un peu celui du roman d'apprentissage : ses héros, enfants ou adolescents, vivent soudain une parenthèse insoupçonnée dans leur vie tranquille. Cette expérience, qui s'apparente bien souvent à une accession à la maturité, ne rime pas pour autant avec l'abandon des rêves et de l'insouciance. C'est tout à fait évident avec l'histoire de Kiki, petite sorcière de 13 ans qui doit quitter ses parents pour découvrir le monde par ses propres moyens pendant un an.

Loin d'être le film le plus dense de son auteur, Kiki la petite sorcière est travaillé, comme les autres productions du studio Ghibli,par le refus d'un manichéisme puérile caractérisant encore beaucoup de films pour enfants. Car en acceptant à la fois l'adulte et l'enfant en soi, Kiki, comme son amie peintre qui peint comme Chagall, accepte le monde dans sa complexité et sa richesse, refuse de l'appréhender en ruptures, en sphères qui jamais ne se rencontrent.

Alors la ville, d'abord effrayante dans sa diversité (elle pourrait tout aussi bien être l'Allemagne, la France, l'Angleterre, ou un Japon "suroccidentalisé"), est peu à peu apprivoisée par Kiki. La Babel incompréhensible du monde adulte devient havre de paix pour la petite fille qui n'en est plus vraiment une. C'est en acceptant ce que peuvent apporter les anciens (le personnage de la grand-mère que sa petite fille ignore, et que Kiki remplace un peu, malgré l'absence de liens familiaux, comme dans un film d'Ozu), mais en n'oubliant pas leurs rêves d'envol que les héros de Miyazaki trouvent une place épanouissante dans un monde tiraillé entre Orient et Occident.

La tristesse d'un monde où les liens familiaux semblent fragiles, où l'insouciance est sans cesse menacée, coexiste avec un espoir irrépressible. Et l'on touche ici à l'essence même de l'univers de Miyazaki, mais aussi d'une part importante du cinéma japonais contemporain : la construction d'une identité, l'enjeu d'un deuil heureux de l'enfance.

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