27 octobre 2020
Archives Critiques

Kiki la petite sorcière : Miyazaki l’alchimiste

Par Nathalie Debavelaere


Mais comment diable procède Miyazaki pour nous transporter à chacun de ses films dans un pays si merveilleux qu’on aimerait ne jamais en revenir ? Lui seul est capable d’inscrire dans le réel une histoire qui semble tout droit sortie d’un conte de fées, tout en insufflant aux images une magie teintée d’onirisme.


Dans « Kiki la petite sorcière », Miyazaki traite du passage difficile de l’enfance à l’âge adulte mais sous un angle particulier puisque c’est tel qu’il est vécu par une adolescente de 13 ans qui doit faire ses preuves dans la vie. De fait, plus qu’un regard porté sur cette période charnière qu’est l’adolescence, « Kiki la petite sorcière » montre comment une toute jeune fille d’aujourd’hui aborde et assume sa vie de femme.

Kiki est une jeune sorcière au caractère bien trempé qui quitte le foyer parental pour s’émanciper : elle apprendra le prix de l’indépendance et, dans le même temps, découvrira des sentiments dont elle ne soupçonnait pas l’existence, ce qui lui permettra de comprendre qu’il n’est pas toujours facile de trouver un juste équilibre entre responsabilités professionnelles et relations affectives et amicales.

La ville inconnue dans laquelle Kiki choisit de s’installer marque donc pour elle l’aube de sa vie de femme active et le territoire de nouvelles expériences dans la mesure où elle va devoir se confronter à ses propres décisions, à ses propres choix et aspirations. En ce sens, Jiji, le petit chat noir qui l’accompagne partout, symbolise le seul lien qui la rattache encore au monde de l’enfance. Mais la force de Miyazaki est de savoir aborder la gravité d’un sujet complexe sur un ton léger et avec un charme si poétique que son film baigne tout entier dans une aura enchanteresse de magie.

Dans le monde extraordinaire où Miyazaki nous transporte, les animaux, comme toujours, occupent une place essentielle, et notamment le chat Jiji. Miyazaki l’a doté d’un sens de la répartie et lui a prêté des intentions et des sentiments humains qui le rendent drôle, craquant, attendrissant et terriblement attachant. Plus surprenant, dans ce film, les sorcières ne sont pas, contrairement à l’imagerie populaire, des êtres foncièrement méchants. Au contraire, elles sont bienfaisantes et habitent la ville au même titre que le commun des mortels : il apparaît aussi normal de voir une sorcière voler sur son balai au-dessus des maisons que des gens déambuler dans les rues. Enfin, on retrouve l’empreinte de Miyazaki dans sa manière unique de peindre la Nature : les paysages fourmillent de mille et un petits détails (comme le lierre qui grimpe le long du manoir), les couleurs fantastiques inimitables semblent investies d’un pouvoir magique comme si le merveilleux prenait d’un seul coup l’ascendant sur le réel, les plantes irradient d’un vert fabuleux et semblent dotées d’un supplément d’âme. Le rêve prend vie sous le pinceau de Miyazaki.

Dessinateur, conteur et enchanteur, Miyazaki esquisse les contours d’un voyage où onirisme et réalité s’entrelacent de manière si fusionnelle que la frontière entre les deux s’estompe, un voyage initiatique qui amène Kiki à grandir un peu et le spectateur à s’émerveiller encore, encore et encore…

ça peut vous interesser

Le Château Ambulant : Il vous rend heureux !

Rédaction

La poésie de Hayao Miyazaki

Rédaction

Un long dimanche de fiançailles : Audrey for ever

Rédaction