20 juillet 2019
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Kill Bill: Volume 1 de Quentin Tarantino

Au cas où vous ne le sauriez pas, au cas où vous ne l'auriez pas lu sur les affiches, on vous le rappellera dans le générique même du film : "Kill Bill – Volume 1" est le quatrième film de Quentin Tarantino.

L'enfant terrible d'Hollywood n'a pas perdu de sa mégalo, c'est évident. Il a même déclaré, il y a peu, qu'il était le Mickey Mouse de Miramax, dans le sens où c'est grâce à lui, à sa réputation et à son nom, que la firme s'est enrichie.

Certes, tu fais bien de nous le rappeler Quentin, car ta dernière livraison en date, un peu molle du genou pouvait nous faire craindre que tu ne te mettes à tourner des films dignes de Walt Disney…

On attendait donc avec appréhension ce retour tardif, avec un film qui s'annonçait déjà bien déjanté au vu des images de Uma Thurman brandissant un katana et sapée comme Bruce Lee.

Pardonne-moi Quentin, j'ai douté de toi… J'avais oublié que tu n'es pas Christophe Gans (excellent critique, grand connaisseur et diffuseur du cinéma asiatique, mais réalisateur moins convaincant) et que, quand tu veux rendre hommage à différents genres cinématographiques populaires, tu le fais avec assez de tact, de dérision, de brio, de cohérence, et un habile équilibre entre respect et irrévérence, pour ne pas nous livrer un patchwork, risible malgré lui, comme le fut "Le Pacte des Loups".

Je suis bien obligé de reconnaître qu'en sortant de la projection de "Kill Bill", je t'ai pardonné ta mégalomanie comme je la pardonne à Kitano, tant tu m'as réjoui avec ton Quatrième Film (puisque tu as l'air d'y tenir).

"Kill Bill", c'est, comme les autres films de Tarantino, mais de façon encore plus flagrante, la jouissance de la Forme. Pas une forme hermétique, nombriliste ou purement auteuriste, non, Tarantino ne se regarde pas (seulement) filmer.

Il a cette caractéristique rare d'avoir à ce point assimiler les codes de tout un tas de genres cinématographiques différents qu'il peut se permettre de se les réapproprier, des les citer, de les retranscrire tels quels, même parfois, en en faisant pourtant du Tarantino, en leur donnant une cohérence à partir du moment où il les convoque tous au service de son imaginaire propre.

La forme chez Tarantino vient d'ailleurs, certes, mais il ne fait pas que reproduire des images qui lui ont plu (et qui nous ont plu : Chambara, films de Kung-Fu, Sergio Leone, Fukasaku, Mangas, etc.) il semble avoir saisi l'essence de tous ces genres hétéroclites, au point de pouvoir en user sans se contenter de plagier, mais en totale maîtrise.

A titre d'exemple, il semble avoir compris un thème important du film de yakuza classique (l'attrait de la pègre sur la jeunesse) et s'en sert en forme de gag au détour d'une scène de combat. Voilà ce qui fait la différence… Tarantino ne cite pas des images seulement parce qu'elles lui plaisent, mais parce qu'il a compris d'où elle venait, ce qu'elles représentaient.

Et cela nous amène à parler du fond. On lira ici et là que le scénario tient sur une fiche bristol, mais que l'important dans "Kill Bill" c'est la jubilation de son côté revisite des meilleurs aspects des films d'action d'antan. Certes, on peut s'arrêter à cela et en trouver pour son compte.

Mais en creusant un peu (et espérons que "Le volume 2" confirmera cela) on s'apercevra que Tarantino donne une consistance inattendue à la trajectoire du personnage de Uma Thurman qui n'est autre qu'une femme confrontée à l'oppression masculine intenable et hypocrite qui règne encore dans ce bas monde.

J'en veux pour preuve l'épisode de l'infirmier violeur, qui peut sembler superflu, mais qui est loin de l'être, dans le sens où il révèle de façon un peu plus explicite ce qui est à l'œuvre dans le sous-texte du film : le combat d'une femme (à poigne et majestueuse) contre la condition qui lui est faite.

Je te réitère mes excuses, Quentin, tu es bien l'enfoiré surdoué que tu as toujours été.

Auteur :Benjamin Thomas

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