19 juillet 2019
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Kill Bill: Volume 2 : Il était une fois dans l’Ouest

Après plusieurs mois d'attente, le second volet de la saga imaginée par Quentin Tarantino débarque sur nos écrans.

Moins tapageur et roublard que l'opus inaugural, plus émouvant et stimulant, toujours admirablement mis en scène, le "volume II de Kill Bill" est un très grand film qui s'attache à l'implacable vengeance d'une morte en sursis mais qui s'avère être, in fine, le poignant chemin de croix d'une femme pour devenir mère.

"Cette femme mérite sa vengeance et nous méritons de mourir" confie Budd, ancien tueur à gages reconverti en plouc philosophe (excellent Michael Madsen), à son frère Bill qui vient lui annoncer le retour fracassant de Beatrix Kiddo (alias La Mariée divinement interprétée par Uma Thurman) sur le sol américain. Et il va sans dire que cette femme-là ira jusqu'au bout pour assouvir son ressentiment et exorciser son effroyable passé.

Comme dans les tragédies grecques, le dénouement est dévoilé au spectateur (qui s'en doutait un peu...) mais l'essentiel se loge dans la pure trajectoire, pleine de bruit et de fureur, d'un être qui doit d'abord mourir avant de renaître et vivre enfin.

Car non contente d'avoir été laissée pour morte dans le prologue du volume I, Beatrix devra revivre une seconde expérience de la mort afin de poursuivre son hallucinante trajectoire qui la mènera vers Bill (stupéfiant David Carradine).

Une descente aux enfers puisque, capturée par un Budd qui retrouve vite ses anciens réflexes, elle se retrouve dans un cercueil, enterrée vivante. Là, dans une scène d'une folle audace à l'échelle hollywoodienne, Quentin Tarantino filme l'obscurité totale et laisse le spectateur palper la détresse absolue de Beatrix qui entend la terre recouvrir son linceul en bois.

Revenue d'entre les morts, Beatrix (l'allusion à la Béatrice de La Divine Comédie de Dante est l'un des fils d'Ariane d'un scénario plus complexe qu'il n'y paraît) n'en a pas fini pour autant avec les épreuves qui émaillent son chemin de croix sanglant pour retrouver une dignité et une identité.

Humiliée, battue, lacérée, elle se relèvera pourtant à chaque fois pour retrouver la trace du responsable de tous ses maux et affronter en un ultime mais bref combat l'impitoyable Bill, père de cette enfant qu'elle croyait morte et qu'elle retrouve en même temps qu'elle rejoint celui qu'elle veut tuer.

Et cette renaissance éclaire d'un jour surprenant tout le film qui, désormais, peut être vu comme le désir irrépressible d'une femme pour devenir mère.

Découpé en chapitres comme autant de mouvements musicaux, "Kill Bill volume II" s'apparente à une symphonie funèbre achevée en hymne à la joie (maternelle). De l'adagio initial (les préparatifs du mariage en un flash-back somptueux) à l'andante final où Bill et son ancienne amante jouent au jeu de la vérité en passant par l'allegro vivace qui rythme le combat d'anthologie (l'unique de cette seconde partie) entre Beatrix et Elle (Daryl Hannah), sans oublier les pauses mélodiques qui ponctuent certaines variations, telle cette scène grandiose où Beatrix interroge l'un des pères putatifs de Bill (extraordinaire Michael Parks), le film est un flamboyant et sauvage opéra.

Un petit chef-d'œuvre orchestré par un cinéaste qui, s'il ne peut s'empêcher d'exposer avec maestria ses multiples références cinématographiques (du film noir des années quarante à Sergio Leone, du cinéma de Hong Kong à la contre-culture seventies), signe une somptueuse déclaration d'amour cinématographique à Uma Thurman. 

Auteur :Patrick Beaumont

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