16 juillet 2019
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Kill Bill: Volume 2 : La critique du film

C'est avec une impression étrange de calme que nous entrons dans le deuxième volume du chef d'œuvre post-moderne et cinéphilique de Tarantino.

Alors que le premier opus nous avait laissés éclaboussés d'hémoglobine, c'est un sentiment de quiétude qui se dégage de la scène de la répétition du mariage de l'héroïne, première séquence forte du film. Mais une quiétude dissimulant avec peine une tension inouïe.

Car cette scène installe le motif absolument central et essentiel de "Kill Bill : Volume 2", celui qui concourt à donner au film sa richesse, sa nuance, sa complexité même, tant les rapports entre Bill et (@#*!!) (excusez- moi, j'ai pas pu résister) impliquent de multiples interprétations : le face à face entre les deux anciens amants. Lorsque arrive l'inévitable, le massacre dans la chapelle, c'est avec une retenue déjouant les attentes du spectateur que Tarantino la traite.

Laissant perdurer cette impression d'une violence plus nuancée, sous-jacente, aux ramifications plus profondes, aux implications autres que d'asperger le cadre de sang. "Kill Bill : Volume 2" n'est certes pas exempt de violence cinéphilique toute Tarantinienne, d'une saturation assumée de références et citations à ses modèles (les zooms exagérés des films de Kung Fu, le barman du club où bosse Budd, joué par Sid Haig, acteur que l'on a pu voir dans "Jackie Brown" avec Pam Grier, etc…).

Et pourtant, comme il l'avait fait en tournant un film de braquage où on ne voyait pas le braquage ("Reservoir Dogs"), Tarantino, alors que nous attendons un nouveau carnage, s'attarde plus ici sur la violence des sentiments (Bill et the Bride), voire des rôles socio-sexuels figés (la domination des femmes, et la séquence inattendue et incroyable de l'oppression du monde du travail avec Budd).

C'est qu'il n'a pas fait que bouffer du film, le Quentin, il les a aussi compris. Notamment le potentiel inouï des films populaires japonais (comme ceux de Fukasaku, ou la série "Baby Cart" citée indirectement ici par le biais de sa version/charcutage remontée pour l'Amérique, "Shogun Assassin") ou ceux de la Blaxploitation (Jack Hill).

Ces films où le premier degré, la violence, les effets de styles, existaient en plus, et non pas aux dépens, de discours bien plus subversifs et novateurs qu'il ne semblait.

Moins rythmé, car plus conscient de son propos que le volume 1, ce deuxième opus offre un tel éclairage sur l'histoire, en même temps qu'il nuance et rend plus complexes les stéréotypes que semblaient être les personnages, qu'on regrette de n'avoir point eu droit en une seule fois au film de 4 heures que Kill Bill devrait être.

Néanmoins, en un morceau ou en tranches, entier ou par épisodes, Kill Bill reste un hommage jubilatoire de cinéphile éclairé au cinéma, et surtout un film qui réfléchit sur la position des femmes, qui égratigne les patriarches avec une irrévérence bienvenue.

Et l'on saisit ici à quel point l'apport d'Uma Thurman à l'écriture du scénario est précieuse, plus encore que la passion de Tarantino pour des films comme Coffy, de Jack Hill. Point de caricature ici, contrairement à ce que l'on pourrait penser.

Alors que le film semble parfois réinstaurer le consensus (la Femme est enfin Mère, rentre dans le rang, cesse d'être une tueuse dangereuse et incontrôlable, menace pour la masculinité outrancière incarnée par Bill), l'ironie de Tarantino (Uma pleure de joie tandis qu'on croyait qu'elle pleurait le patriarche) ne cesse d'offrir de nouvelles dimensions au propos.

"Kill Bill" restera à n'en pas douter comme un de ces divertissements intelligents, qui, en plus, se payent le luxe d'être du grand cinéma… 

Auteur :Benjamin Thomas

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