21 juillet 2019
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Kill Bill: Volume 2 : La critique

 « Plus la patience est grande, plus belle est la vengeance… », et ce n'est ni la Mariée, ni le spectateur (bien obligé, après s'être délecté du "Volume 1", d'attendre quelques longs mois pour dévorer la suite), ni même Monsieur Tarantino en personne qui me contrediront.

En effet, les mauvaises langues ont fait courir la rumeur d'un Tarantino en panne sèche d'inspiration, en jouant de manière délétère sur le fait que 9 ans (c'est le temps qui s'est écoulé entre "Jacky Brown" et "Kill Bill : Volume 2") de silence, c'est plus que l'écart habituel entre ses précédents films, et que ça cache forcément quelque chose…

Ce à quoi j'ai envie de rétorquer que Tarantino est un de ces rares réalisateurs qui ne fabrique pas des films à la chaîne. Certes, les films de Tarantino sont denrées rares (il n'a réalisé que 4 films) mais ils valent de l'or de part leurs qualités cinématographiques.

Pour "Kill Bill : Volume 2", honnêtement j'étais un peu méfiante avant d'aller voir le volume 2, craignant un pur coup marketing au détriment total de l'histoire. Mais mes réserves se sont bien vite envolées car « Kill Bill volume 2 » est une réponse parfaite au volume 1.

"Kill Bill : Volume 2" n'est pas une simple suite se reposant sur la recette du premier volume : même si on retrouve la Mariée là où on l'avait laissée, dans ce volume 2 la dimension terriblement humaine, la réflexion et les dialogues prennent le pas sur la violence à la fois brute et esthétisées des scènes d'action et de combat qui nous avaient secoué tout au long du volume 1.

Mais surtout, ne vous laissez pas rebuter par cet aspect car cela n'enlève rien à la force de ce volume 2» qui, très vite, met nos nerfs de spectateurs à rude épreuve. La peur de ce qui va advenir l'instant d'après, tel un chien enragé, nous saute à la gorge, nous mord hargneusement, nous plaque au fond de notre fauteuil pour ne plus nous lâcher.

Pétrifiés, nous prenons les images de plein fouet, incapables de nous dégager de cette terrible étreinte. D'ailleurs, la scène la plus insoutenable de « Kill Bill » se trouve dans ce deuxième opus (et non dans le premier) lorsque Béatrice est enterrée vivante par Budd.

Quentin Tarantino ne recule devant rien pour nous malmener : il nous plonge, en même tant que Béatrice, dans l'obscurité totale où le bruit terrifiant de chaque coup de marteau frappé sur le bois du cercueil puis le bruit sourd de chaque pelletée de terre résonnent comme le glas.

En ce sens, il réalise un véritable tour de force puisqu'il parvient à nous faire ressentir réellement et physiquement l'épouvantable souffrance de Béatrice qui appartient pourtant au domaine de la fiction.

Si le deuxième opus a un tel impact sur nous, c'est parce que Tarantino nous prend par surprise là où on ne l'attendait pas. On attendait un jeu de massacre sans temps mort jusqu'au dénouement final, il se paye le culot de prendre le temps de la réflexion pour nous offrir, non pas un film d'action brut de décoffrage mais une histoire poignante de vie et de mort, où ce qu'on prenait pour de la haine se révèle être de l'amour…

A ce titre, tous les acteurs prennent le même pied tarantinesque à nous bluffer en beauté. Il est tout de même incroyable que Budd, joué par un Michael Madsen époustouflant en tueur résigné au regard fatigué, soutienne devant Bill que Béatrice mérite sa vengeance et qu'eux méritent de mourir.

Et tout aussi incroyable qu'on en vienne à prier secrètement que Béatrice finisse par renoncer à sa vengeance et que le couple qu'elle formait avec Bill renaisse de ses cendres, tant David Carradine parvient à nous inspirer de la compassion, à rendre son personnage de Bill sympathique et attendrissant dans sa perfidie.

Quant à Uma Thurman, elle est tout simplement exceptionnelle dans le rôle de Béatrice, parvenant à croiser le fer et les sentiments avec la même habileté, à faire co-exister l'amante et la mère, la tueuse impitoyable et la femme qui panse les blessures d'un cœur trahi, piétiné, lacéré.

Le dénouement de l'histoire, on le connaît puisque le titre du film l'énonce clairement : tuer Bill. En revanche, ce que nous ignorons, c'est ce qui se cache au détour de chaque virage du chemin menant à l'assouvissement de cette vengeance.

La construction en chapitres qui ne suivent pas l'ordre chronologique, une mise en scène affûtée comme la lame d'un couteau, des clins d'œil aux western-spaghetti soulignés par une B.O d'ailleurs composée en partie par Ennio Morricone contribuent à nous procurer un plaisir jubilatoire.

Qui plus est, le "Volume 2" éclaire les zones obscures du premier volume sous un jour nouveau : oui, la Mariée était en blanc mais en blanc maculée de sang.

Auteure :Nathalie Debavelaere

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