18 septembre 2019
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King Kong de Peter Jackson : La critique

Ayant eu l'occasion d'assister à la projection du nouveau "King Kong" du réalisateur Peter Jackson, suivie de la conférence de presse, en voici un petit compte-rendu, des deux à la fois, afin de ne pas pratiquer de ségrégation littéraire intempestive. A la question originale, « Quelle est la clef du succès ? », le réalisateur multi-nomminé d'Hollywood avoue son ignorance : « Je ne fais pas des films pour que les gens aillent les voir, je fais des films que j'ai envie de voir ».

En réalisant ce remake du King Kong de 1933, Peter Jackson réalise donc un vieux rêve de gosse, et depuis plus de trente ans que le singe géant lui trottait dans la tête, les idées ont eu le temps de s'amasser. Au résultat : un film foisonnant de bons vieux clichés et d'horribles petites bêtes. Quid du symbole transporté par le gros singe (du bras gauche, du droit il tiens déjà Ann Darrow) ?

Puissance américaine, virilité ? Le questionneur restera sur sa faim. « Je vais voir des films pour me divertir, explique Jackson, je fais donc des films pour divertir, et j'ai fait King Kong parce que c'était cool, c'est tout. »

La logique fonctionne : un bon divertissement, parfait pour les vacances, tant pour les enfants que pour leurs accompagnateurs trop contents de profiter de l'occasion. L'occasion aussi de découvrir ou redécouvrir la version culte de 1933, au charme de désuet (à condition d'associer le qualificatif de désuet à celui de charmant).

Le nouveau King Kong est, comme on pouvait s'y attendre de la part du réalisateur de la trilogie du "Seigneur des Anneaux", une « grosse machine » américaine. Mais, en tant que telle, avouons qu'elle est bien huilée et joue sur des ressorts toujours efficaces pour produire son quota de sensations fortes et d'émotions.

Fantasmes et terreurs ancestrales se voient allègrement sollicités, du rapt de la blanche occidentale par de noirs sauvages (pour le coup vraiment très noirs et très sauvages) quasi cannibales, aux méfaits de la civilisation, en passant par un recensement complet de la population grouillantes, voraces et venimeuses des régions subéquatoriales, dont l'unique vocation est de s'engouffrer dans les jambes de pantalons de nos héros, ou tout simplement de s'engouffrer nos héros.

Du réchauffé ? Du tout. La belle et la bête font leur come-back rajeunis et redynamisés. La jeune première (Naomi Watts) a troqué son coffre hors de commun pour un cerveau, l'entrepreneur-réalisateur-aventurier sans scrupules (Jack Black) n'a pas pris un scrupule en soixante-dix années de service, et considérant « qu'un seul macho suffisait dans le film », en la personne du Kong, le réalisateur dédouble le viril Driscoll en écrivain (Adrien Brody) et jeune premier, respectivement intellectuel et superficiel à souhait. Sans oublier le capitaine laconique et ténébreux (ou brumeux pour rester en milieux aqueux).

Quant au Monstre, un homme lui prête un peu de son humanité : un rôle titre pour Andy Serkis, également Gollum dans le Seigneur des anneaux, toujours un peu dans l'ombre des créatures qu'il anime (même si, comme l'hasarda un journaliste, ses proches ne devraient pas avoir de mal à l'identifier en singe géant...).

Pour cette animation, à base de capteurs répartis sur le visage de l'acteur, comme pour le reste, les technologies les plus pointues en matière d'effets spéciaux sont employées.

Kong laisse dans les choux (mais poussent-ils sous ces latitudes ?) le gorille en carton pâte et ses rochers de papier mâché pour bondir d'une falaise à l'autre avec la légèreté d'un rat de l'Opéra. Et en guise d'éboulement, c'est une avalanche de dinosaures que nos héros, enfin ceux qui restent, voient finalement déferler sur eux. Massacre au mastodonte, une vraie orgie pachydermique ! C'est trop. Et c'est tant mieux.

A la perplexité sincèrement pragmatique d'un critique s'interrogeant sur le moyen de faire tenir un si énorme singe dans un si modeste rafiot, le réalisateur hausse les épaules : « that's not the point ».

Malgré son débordement floresque et faunesque et sentimental, "King Kong" n'est en effet pas un documentaire animalier, ni un manifeste en faveur de la protection des espèces en voie de disparition (quoique King Kong n'engendre, il est hélas vrai, aucune descendance avec sa chère et tendre) mais est et reste un film de fantaisie où tous les excès sont permis.

Et l'excessive satisfaction du réalisateur rejaillit sur le spectateur : On sort de là très content, et très triste aussi, car le nouveau King Kong milite cependant en faveur du rapprochement des espèces : n'était le nécessaire saut de l'ange-bête à la fin, aucun doute que lui et la belle se mettrait en ménage, avec pax et adoption à la clef… Justement, le remake de la mythique scène de l'Empire State Building ! Se montre t-il à la hauteur ? A vous de voir…

A voir, de toutes façons, si vous avez envie de « vous perdre dans quelqu'un d'autre pendant trois heures (…) et de vivre dans un monde ou l'on ne survivrait pas trois jours… ». « Et que faites-vous pour Noël ? » s'écria enfin une voix (appartenant sans doute à une personne) dans la salle, au comble de la curiosité.

Aucun doute que tout le monde passera un excellent Noël. Question suivante...

Auteure :Eléonore Clovis
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