Critiques

Knight of Cups : Passionnante immersion dans le cinéma malickien !

Beaucoup trouvent les films de Terrence Malick impénétrables. Sans doute même leurs semblent-ils de plus en plus abscons ces dernières années (d'aucuns n'hésitent pas à parler de fumisterie, terme qui, à titre personnel, tend à me hérisser le poil). En fait, pour peu que l'on fasse l'effort de s'y plonger, Malick nous permet souvent d'accéder à ses films dès le début en nous en livrant la clé de compréhension. C'était par exemple le cas de "Tree of Life", le film mettant en avant, dès son ouverture, le principe de la dualité, du choix entre la Grâce et la Nature, concepts  développés dans les écrits de Saint Thomas d'Aquin et qui, en fin de compte, éclairaient le film et le rendaient parfaitement limpide. C'est encore le cas concernant la dernière œuvre du réalisateur texan, car c'est en gardant à l'esprit tout au long de la projection cette légende du prince à la recherche de la perle que l'on peut vraiment analyser et comprendre "Knight of Cups". Ainsi, plongé dans une vie vaine, passant de femmes en femmes (Freida Pinto, Natalie Portman, Cate Blanchett, Teresa Palmer, Imogen Poots, Isabel Lucas, toutes plus sublimes les unes que les autres), Rick/Christian Bale traverse son existence en ayant oublié de chercher « sa » perle, cette perle qui pourrait enfin lui donner le sens de sa vie.

Il n'est toutefois pas si facile que cela d'évoquer "Knight of Cups". Cela suffit-il de dire qu'il s'agit, une fois encore, d'un film envoutant, visuellement sidérant, d'une expérience à la fois abstraite et sensorielle, philosophique, métaphysique et terriblement personnelle ? Beaucoup valideront assurément ces qualificatifs. Il n'est cependant pas possible d'ignorer qu'assister à la projection de "Knight of Cups" n'est pas une chose si aisée et que, probablement, un certain nombre d'entre vous sortiront de la salle avant la fin, exaspérés par un objet filmique que vous estimerez creux, pompeux et incompréhensible. Il n'est donc pas ici question de vous convaincre qu'il s'agit d'un film formidable qu'il vous faudrait impérativement voir, mais plutôt de vous proposer de vivre, si vous en avez le souhait, une expérience cinématographique peu commune et s'adressant tellement au ressenti personnel que vous pourrez être tout aussi bien totalement envouté par ce film qu'en être définitivement écarté.

En conséquence, si je n'écris pas ces lignes avec la seule volonté de vous convaincre de la réussite extraordinaire de ce film (même si j'en suis résolument convaincu), il y a tout de même une foultitude de choses à évoquer à propos de "Knight of Cups". Se voulant comme la conclusion d'une trilogie (à peu près) autobiographique de son auteur, le film ne cesse de renvoyer aux autres œuvres malickiennes. Le deuil impossible d'un frère trop tôt disparu qui renvoi évidemment à la fratrie de "Tree of Life". Le thème de l'amour impossible, présent dans toute sa filmographie depuis La balade sauvage jusque A la merveille (et même de manière brève mais ô combien puissante dans La ligne rouge par le biais du soldat Bell) et qui une fois encore est au cœur de "Knight of Cups".

La recherche d'un Paradis terrestre et/ou céleste à travers ces nombreux plans de Christian Bale, irrémédiablement accroché à la terre, regardant  des hélicoptères, sortes de machines modernes en liaison directe avec le ciel. Ces hommes mutiques (à tout casser cinq lignes de dialogues pour Christian Bale, on est même en dessous de la moyenne malickienne, c'est dire...) et envoutés par ces femmes fascinantes. Ainsi, le constat de la cohérence de l'œuvre générale de Terrence Malick est aussi indéniable qu'impressionnant. Sans doute encore trop frais pour se prêter à pareil analyse, il sera sans doute passionnant de s'attarder dans quelques temps sur une lecture globale de "Tree of Life", "A la merveille" et "Knight of Cups" en constatant leur interdépendance.

Néanmoins, au regard de ce dernier film, une question demeure : à force de s'enfoncer toujours plus avant dans cet effacement de la narration, de sacrifier toujours plus le dialogue au profit de voix offs de plus en plus déroutantes, d'éclater toute temporalité, Malick ne risque t-il pas de perdre progressivement même les plus fervents de ses partisans ? Toutefois, je pose ici la théorie qu'après "Knight of Cups", troisième volet de sa « trilogie existentielle » et constituant une fuite en avant formelle au sein de son système filmique, Terrence Malick va dorénavant peut-être pouvoir et devoir revenir vers un cinéma, si ce n'est grand public (faudrait pas exagérer...) tout au moins plus ouvert et plus accessible et ce à la fois par nécessité financière (il a beau être à part dans l'industrie du cinéma, il va fatalement à un moment ou un autre être rappelé par la dure réalité hollywoodienne) que par sa propre volonté de vouloir raconter à nouveau des histoires. Seront-ils des films comme les autres ? Certainement pas, et d'ailleurs nous ne le souhaitons assurément pas. Néanmoins, il est vrai qu'il pourrait être plaisant de pouvoir remontrer un film de Terrence Malick à un plus large public afin de lui démontrer de manière indéniable qu'il s'agit bien là d'un des plus grands réalisateurs actuels. Il faut bien admettre que ces dernières années, on se sent un peu seul à le clamer.

Auteur :Loïc Gourlet
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