28 février 2020
Critiques

Kong: Skull Island : M.W.A. – Straight Outta Kongtown

Les super-héros ne sont plus les seuls à se présenter au cinéma sous la forme d'univers étendus. Warner Bros. et Legendary Pictures, en sérieuse galère avec la construction du DC Extended Universe dès la très controversée deuxième pierre à l'édifice, "Batman V Superman : L'Aube De La Justice", font revenir King Kong au cinéma bientôt douze ans après le fabuleux remake de Peter Jackson.

Première raison d'exister de la proposition, ils ont choisi de faire fouler au gorille le plus iconique de l'histoire du cinéma la même " Terre cinématographique " que celle que Godzilla et les MUTOs avaient partiellement ravagé il y a de cela bientôt trois ans sous la caméra de Gareth Edwards. Comme ça, dans trois ans, les deux rois vont se mettre sur le coin du museau et le simiesque monarque a pris du galon pour se plier aux exigences du combat : il culmine désormais à trente mètres de haut - son futur adversaire est tout de même toujours trois fois plus grand que lui - et passe ses journées à déglinguer de gros lézards considérés comme les figures du Mal dans la cosmogonie de l'île du Crâne.

Evidemment, si Ann Darrow, Carl Denham et Jack Driscoll étaient revenus une troisième fois poser leurs valoches sur l'île du Crâne pour les besoins d'un film, ça risquerait de donner une histoire pauvre d'intérêt faisant pâle figure face au Merian C. Cooper - Ernest B. Schoedsack et au Peter Jackson en plus de nécessiter par la suite une résurrection qui aurait été plus que probablement d'un nanardisme intolérable pour l'oeil du spectateur du vingt-et-unième siècle. C'est pourquoi on envoie des barbouzes (dont Jason Mitchell qui incarnait Eazy-E il y a un an et demi) et des scientifiques (dont Corey Hawkins qui incarnait Dr Dre il y a également un an et demi) sur le territoire d'un singe beaucoup trop gros et beaucoup trop tenu top secret pour que les infortunés bidasses se doutent de quoi que ce soit. Le scénario décide également de prendre comme cadre temporel la fin de la guerre du Vietnam avec la signature des accords de Paris.

C'est dans l'exploitation de ses personnages et de ses partis-pris scénaristiques propres que "Kong : Skull Island" échoue. S'étant vendue à l'envie sur sa volonté de multiplier les références à "Apocalypse Now" en allant même jusqu'à mimer l'affiche du film pour un poster au cours de sa promotion, la première incursion dans le cinéma spectaculaire de Jordan Vogt-Roberts ne fait quasiment rien de son contexte et en tout cas rien qui suscite qu'on le souligne positivement. La dénonciation de la nature belliqueuse de l'être humain et de l'aliénation des rapports entre les Hommes par la guerre est très superficielle puisqu'elle ne va jamais plus loin une fois qu'elle a réussi à sortir des constats que n'importe quel cancre avec 2 de QI serait capable de formuler.

Pourtant, entre une référence à la possible facticité de l'ennemi, les plans sur une figurine de Richard Nixon faisant office de kiki dans l'un des hélicoptères utilisés pour débarquer et le personnage de Samuel L. Jackson qui vire Capitaine Achab après le premier contact avec le taulier de l'île du Crâne, les prémices d'un parallèle avec une Amérique qui passera les années voire les décennies qui suivront à gérer avec difficulté les bouleversements de l'après-guerre du Vietnam semblaient se dessiner mais ça se limitera à une poignée de scènes où Jackson réaffirmera son indéfectible volonté d'effacer le grorille de la surface de la Terre. Au final, on se dit que l'ancrage dans les années 1970 n'existe que pour justifier une sur-utilisation dénuée de toute réflexion de tubes de l'époque.

Même en ne tenant pas compte de son contexte seulement là pour faire tapisserie sans jamais faire de véritables efforts pour enrichir son fond, "Kong : Skull Island" réduit la caractérisation de ses personnages à peau de chagrin voire se montre carrément inapte à faire du peu d'éléments qui les caractérise quelque chose qui tient à peu près suffisamment debout pour au moins satisfaire une certaine logique, l'exemple le plus flagrant étant celui du personnage de Tom Hiddleston, présenté dans sa première scène comme un ancien militaire dur à cuire qui devrait être difficile à embrigader puis à gérer et qui s'avérera être un boy-scout encore plus lisse que du simili-cuir.

A cela s'ajoute une incapacité à prendre son histoire au sérieux qui saute aux yeux tant le montage ne peut pas s'empêcher de faire se succéder à une scène grave - par exemple, un personnage en péril - une scène où l'autre groupe à l'autre bout de la jungle est tout en sourires et en insouciance. C'est presque comme si ils se retrouvaient dans le parc jurassique mais avec les dinosaures bien en cage. De ce fait, entre des coquilles vides en guise de héros et une inconsistance tonale, "Kong : Skull Island" est incapable d'insuffler un véritable souffle d'aventures et de danger aux pérégrinations de ce qui pourrait par moments s'apparenter à un épisode de Voyage En Terre Inconnue.

Assez ironiquement jeté ses rejets corporels à la tronche du singe, il y a quand même un paquet de choses à sauver dans ce film d'aventure, suffisamment en tout cas pour le préserver de tomber dans la catégorie " A éviter ". La tension est quasiment absente à l'exception d'une scène d'action dans une purée de pois verdâtre où le danger peut surgir de partout mais paradoxalement le rythme se défend, en particulier dans un premier acte très dynamique.

La mise en scène témoigne d'une énergie et d'une maîtrise du spectaculaire à souligner pour quelqu'un dont c'est seulement le deuxième long-métrage et le premier blockbuster pété de thunes malgré un mixage qui manque un peu de vigueur quand il s'agit de restituer la puissance sonore des combats et un désagréable abus du ralenti dès que quelque chose va faire un grand boum.

La photographie de Larry Fong, même si elle semble progressivement se délaver, est très inspirée : entre des personnages complètement nappés des lumières bleues et rouges d'un bar, une aurore boréale qui sera le trop court mais meilleur des deux moments qui essaieront de faire exister Kong hors du spectaculaire et un décor naturel où le soleil semble souvent sur le point de se coucher, "Kong : Skull Island" multiplie les occasions de flatter la rétine.

Et puis, ce sera toujours très rigolo de le voir se terminer par un pied-de-nez à tous ces drames inspirés de faits réels considérés comme tellement plus prestigieux qu'un blockbuster pété de thunes mais qui ont la bassesse de caler juste avant le générique des images d'archives pour essayer de nous émouvoir avec autant de classe qu'une péripatéticienne en pleine descente de liquide vaisselle.

Malheureusement, le fond anémique l'emporte sur une forme de bonne tenue. L'heure quarante-huit de votre temps qui sera réquisitionnée par le visionnage de "Kong : Skull Island" - si vous choisissez d'éviter de vous fader le nom des centaines de personnes impliquées dans sa fabrication pour une scène post-générique qui commence en brisant le quatrième mur puis finit en vous apprenant sans doute quelque chose que vous savez déjà tout en vous rappelant que le mixage sonore se la jouait moins petit bras avec l'autre golgoth - plaît à l'oeil et n'ennuie jamais malgré ses personnages aussi approfondis qu'une plaine, une toile de fond inutile et un réflexion en mousse.

Auteur :Rayane Mezioud
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