12 juillet 2020
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L’Affaire Farewell : La critique

C'était pourtant une sacrément bonne nouvelle que de voir Christian Carion, auteur de films aussi populaires qu'ennuyeux, s'attaquer à un sujet moins ouvertement séduisant pour tenter enfin de pondre un peu de vrai cinéma.

Las, "L'affaire Farewell" ne fait pas illusion très longtemps, même s'il incite à la patience. Tout semble en effet réuni pour donner un film d'espionnage tendu, maîtrisé et instructif... sauf que rien ne se produit à l'écran. Les scènes s'enchaînent, les personnages évoluent, mais l'encéphalogramme du film reste désespérément plat.

Il est curieux qu'un film d'espionnage inspiré d'une histoire vraie et se déroulant dans trois puissances majeures des années 80 semble au final aussi immobile. Pendant près de deux heures, les scènes de dialogues s'enchaînent, dans des voitures, des chambres, des couloirs, des petits salons...

Tout cela devrait développer une sensation de paranoïa, d'urgence, d'implosion imminente. Cette léthargie permanente est-elle due à un scénario manquant de relief et de montées en tension ? À la mise en scène un peu molle d'un Carion inégalement inspirée ? À l'interprétation parfois old school ? Difficile à dire.

C'est ce qui différencie un film raté d'un mauvais film : l'échec est quasiment inexplicable. La mayonnaise ne prend pas, un point c'est tout. Nul besoin de chercher un responsable à tout prix.

Heureusement qu'il y a Guillaume Canet, dans un rôle assez proche - en moins bien écrit - de celui qu'il tenait dans "Espion(s)". Depuis qu'il est allé au-delà de son étiquette de jeune premier, l'acteur est devenu bien plus intéressant, gagnant en ampleur et en gravité ce qu'il a perdu en sourires charmeurs.

Ses échanges avec le personnage d'Emir Kusturica (crédible, mais l'accent aide beaucoup) sont sans doute ce qu'il y a de plus intéressant dans le film.

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David Soul et Fred Ward

En revanche, on peine à comprendre pourquoi Carion perd autant de temps à filmer Ronald Reagan (Fred Ward, correct) même lorsqu'il se contente de parler de sa carrière d'acteur alors que là n'est pas le sujet.

Comme dans "Joyeux Noël", le réalisateur est parvenu à réunir un casting cosmopolite (David Soul de la série "Starsky & Hutch" par exemple), mais semble tellement ravi de cette diversité qu'il lui faut donner un temps de parole à chacun, et ce en dépit de l'intérêt de ses propos.

C'est la marque des réalisateurs trop fans pour être performants : leur objectif semble être tout autant de faire plaisir à leurs acteurs que d'offrir du rythme et de la crédibilité à des spectateurs venus chercher autre chose que la simple restitution filmée d'une affaire d'espionnage dont on peine ici à saisir l'ampleur.

Il n'y a jamais de sentiment d'urgence dans "L'Affaire Farewell", ni de réelle impression de danger. C'est tout de même un comble.

Auteur :Thomas Messias
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