Critiques

L’Amant Double : Ozon se noie dans sa suffisance

Le premier plan de "L'Amant Double" aurait du nous mettre la puce à l'oreille. Dans un fondu enchaîné flamboyant de connerie putassière, un vagin, exposé depuis son intérieur par un travelling arrière du plus bel effet, se transforme en l'œil de notre héroïne. Tout un programme.

S'en suivent deux heures d'un délire qui se voudrait profond et troublant, mais qui se révélera surtout être une vaste mascarade auteurisante et gonzo.

Le style François Ozon atteint ses limites dans cette parodie alignant un par un les clichés du cinéma français dit d'auteur : grand appartement parisien, image terne, dialogues trop écrits, déclamés dans un français trop soutenu par des comédiens qui tirent la tronche, symbolisme foireux et abscons voulant sur-signifier la psyché de ses personnages, agrémentés de scènes chocs de sexe froid pour faire trembler la ménagère.

Sauf que pour son thriller, tendance gémellité, qui se voudrait nébuleux, pervers, et assaisonné d'une bonne dose de cauchemars freudiens, François Ozon s'emmêle les pinceaux avec ses scories d'opérette, des fausses pistes, flux semblants et autres jeux de miroir provoquant au final l'effet inverse, un ridicule achevé. 

Mention spéciale à certaines prouesses visuelles sorties tout droit d'un clip des années 80 (sur-impressions, split-screen, sans oublier certaines scènes psychédéliques imaginées un lendemain de cuite grasse), et surtout toutes ces scènes qui, à force de vouloir choquer, plongent complètement vers l'idiotie la plus crasse, façon court-métrage de fin d'études d'un étudiant à la Femis...

Marine Vacth avec un gode ceinture, le cunnilingus avec supplément ketchup, tous ces dialogues tout en poésie Rabelaisienne ("Barre-toi avec ton foetus avant que je te bute" - François Ozon, 2017), les scènes érotiques aussi émoustillantes qu'un contrôle fiscal… Le tout culmine dans un final grotesque, ultra grand-guignol (le fœtus qui arrache le ventre de l'héroïne) et doté d'un twist juste aberrant, à peine digne d'un soap.

Au moins les 2 heures passent à grande vitesse, avides que l'on est de savoir jusqu'où l'entreprise de démolition interne va aller, comme l'on regarde un accident sur le bord de la route. Le plus triste dans tout ça c'est que l'équipe n'y est pour rien, les acteurs font ce qu'ils peuvent (même s'ils auraient dû fuir à la lecture du scénar), l'équipe technique rattrape les pots cassés.

Le film se noie sous la suffisance de son réalisateur auteur, trop occupé à renifler ses propres pets pour se rendre compte qu'il court à la catastrophe.

N'est pas Cronenberg ou De Palma qui veut.

Auteur :David Marmignon

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