Critiques

L’Art de la Fugue : Déjà vu

"L'art de la fugue" est l'adaptation du roman éponyme de Stephen MacCauley (déjà adapté en France en 2006 avec "La Vérité ou Presque" de Sam Karmann) où trois frères se retrouvent au même moment en proie au doute quant à leur avenir. L'ainé, Gérard (Benjamin Biolay, toujours le cheveu gras, parfait pour le rôle, apportant toute sa nonchalance à son personnage), n'en peut plus d'attendre le retour de sa femme qui semble pourtant être passée, elle, à autre chose. Antoine (Laurent Lafitte, qui emmène le film de scène en scène, de son air grave et mélancolique), homosexuel, en couple depuis 10 ans avec un garçon bien trop gentil pour lui, n'arrive pas à se projeter dans l'achat immobilier que son compagnon prépare, préférant fantasmer sur un vieil amant. Et enfin Louis (Nicolas Bedos, qu'on préfère à l'écriture, tant il est en dessous des autres acteurs) businessman presque marié malgré lui, qui hésite à s'enfuir avec une autre femme que sa promise (Elodie Frégé qui joue si mal que cela en devient presque gênant). Les trois ne sont pas même pas compter sur leurs parents (Marie Christine Barrault et Guy Marchand), malheureux en couple, étouffés par leur égoïsme, qui préfèrent faire l'autruche et ne pas voir les problèmes de leurs fils.

"L'art de la fugue" (distribué par KMBO) est donc une comédie dramatique, toujours au bord de la faille qu'une réplique bien sentie, acerbe ou drôle, au moment où la situation ne s'y prête pas nécessairement, vient soudain dynamiter (on reconnaît là la patte d'Agnès Jaoui qui a participé à l'écriture du scénario). Pourtant malgré des dialogues travaillés et des acteurs bien choisis, le film souffre d'un écueil majeur : cette histoire a été déjà vue au moins cinquante fois au cinéma (surtout en France). C'est d'ailleurs quasi la même trame que "Le Grand Méchant Loup" (aussi avec Marie Christine Barrault) sorti en juillet 2013 où déjà trois frères (!) s'interrogeaient sur le vie amoureuse alors que leur mère se retrouvait à l'hôpital.

Les histoires de famille dysfonctionnelle semblent être ces temps-ci le sujet de prédilection des réalisateurs français (peut être pour rassurer la ménagère de moins de 50 ans quand elle verra le film sur petit écran !), un peu trop d'ailleurs, le cinéma français ayant du mal à se renouveler. En fait s'il fallait retenir une chose du film, c'est la présence dans un rôle secondaire d'Agnès Jaoui, en femme libérée, qui n'a plus rien à prouver à personne, à la fois mère nourricière et amante, tellement lumineuse à chaque apparition qu'on regrette vraiment qu'elle se fasse si rare au cinéma.

Au final, un film pas tant déplaisant que ça, grâce à des répliques efficaces, mais qui manque cruellement de sang neuf, tant on a l'impression de déjà vu.

Auteure :Karine Lebreton
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