Critiques

L’Art de la Fugue : Trompeur

Les films commençant par la fin, c'est la grande tendance. Ainsi commence "L'art de la fugue" (distribué par KMBO). Laurent Lafitte, à bout de souffle, les yeux gonflés par les larmes rentre dans ce qui semblerait être son domicile conjugal. Il s'installe à côté d'une forme dont le sexe est difficilement déterminable à la seconde près (on saura bien vite qu'il s'agit d'un homme) et profère la fin de leur ère, de leur vie de couple. Classique ? Oui, mais étrangement, efficace.

Disons le franchement, "L'art de la fugue" ne marquera pas nos mémoires (contrairement à l'image d'Elodie Frégé dans le plus simple appareil). Mais a le mérite d'être une bonne petite comédie sympathique bourrée de nobles intentions. Trois frères, trois histoires d'amour, pas une qui fonctionne. Le pitch est donné, et à la vue de leurs parents, il faut croire que le désarroi sentimental est en héritage. Au centre du récit, Antoine, joué par un très juste Laurent Lafitte. Il fréquente depuis 10 ans Adar (Bruno Putzulu), garçon bien sous tous rapports, psychologue ayant réussi sa vie. Le gendre idéal, bien que la compagnie de ce dernier soit d'un ennui mortel. Son frère Louis (joué par Guy Bedos) est l'archétype du Casanova pensant tomber amoureux toutes les cinq secondes, offrant au passage de sublimes cornes à sa fiancée Julie interprétée par l'envoutante Elodie Frégé.

Enfin, n'oublions pas le trop discret cadet Gérard incarné par les cheveux gras de Benjamin Biolay (un casting très musical vous l'aurez compris). Gérard est le looser par excellence, fou amoureux de sa future ex-femme, au chômage et toujours au bord de la dépression. Et pourtant si attachant. Si Nicolas Bedos est un peu en-dessous du lot, les trois principaux protagonistes restent forts. On le doit à un récit bien construit, à une rythmique douce et légère. Les plans sont parfois longs mais jamais trop lents. Les musiques sont discrètes mais toujours là quand elles le doivent, pas de place au « clip-show » pour adolescents.

On passe d'un moment léger et fugace à un autre, plus sombre et amère. Les hôpitaux, moment de grâce, reprennent à la minute suivante leur allure mortifère. Tantôt on riait pourtant d'un cimetière. Même chose pour la gare, lieu d'évasion pour les uns, propices aux confidences pour les autres. Le film nous embarque avec une formidable vitesse de croisière. Notamment grâce aux thèmes, pourtant pas si modernes. Le temps mort d'un couple, n'est-ce pas là un des plus vieux leitmotifs de la comédie ?

L'habillage reste néanmoins furieusement contemporain. La preuve parfaite avec le couple Antoine/Adar, dont l'interprétation, bien qu'elle ne mérite pas un oscar, reste toujours d'une grande finesse et bien calibrée. Ici, pas de clichés du couple gay composé de « cage aux folles ». En 2015, on nous devait bien ça. Petit bémol au compteur : le titre, véritablement trompeur. Il prend tout son sens uniquement lors de la scène finale. Car disons le franchement, sans spoilers, nul personnage ne maîtrise ce fameux « art de la fugue ». Pire encore, aucun n'ose véritablement fuguer. De peur de décevoir les parents, des conventions, de ne pas trouver mieux ailleurs… Ou de l'engagement, tout simplement.

"L'art de la fugue" a tout d'un film de Woody Allen en devenir, bien qu'il n'en a pas encore l'étoffe. Mais donne une touche d'espoir aux comédies dramatiques Françaises, un genre qui ne risque pas, contrairement à nos personnages, de vouloir s'échapper. Réalisateurs amateurs d'humour ET de mélancolie, vous connaissez à présent la marche à suivre (car oui, je sais que vous me lisez).

Auteure :Mélissa Chevreuil
Tous nos contenus sur "L'Art de la fugue" Toutes les critiques de "Mélissa Chevreuil"

ça peut vous interesser

OSS 117: Alerte rouge en Afrique noire: A Moore, Gloire et Beauté

Rédaction

OSS 117 : Il revient !

Rédaction

Honeyland : Quand la goutte de miel fait déborder le pot

Rédaction