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L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford : Ultime western crépusculaire ?

"L'Assassinat De Jesse James Par Le Lâche Robert Ford" (distribué par Warner Bros. France), le film du Néo-Zélandais Andrew Dominik, ultime western crépusculaire s'il en est, a de quoi dérouter le -ou la- fanatique de base du beau Brad Pitt. En revenant sur le légendaire bandit Jesse James, le cinéaste décide immanquablement de se confronter à  toute une mythologie cinématographique, celle du Western. Aux questions peut-on encore tourner des westerns et,  comment aborder le genre en 2007, le film répond d'une façon tellement magistrale et définitive qu'il marquera une date dans l'Histoire du cinéma et celle du Western; il y aura désormais de toute évidence un avant et un après L'Assassinat de Jesse James... A travers la fin de parcours de Jesse James, qui à 34 ans  ne peut plus se fier à personne, Andrew Dominik livre une réflexion complexe et mélancolique à la fois sur la fuite du temps et la fin du Western.

Avec son titre qui anéantit d'emblée toute forme de suspens, le film ne s'attache pas aux exploits du plus grand bandit d'Amérique, ici sobrement campé par un Brad Pitt émacié et au teint terreux, mais s'intéresse d'avantage à la disparition d'une légende, à sa lente dérive. Andrew Dominik n'exploite jamais le côté spectaculaire et héroïque dont son personnage est porteur dans l'imaginaire collectif, son Jesse James est un anti-héros, un être volontiers brutal, et on ne le verra pas tirer plus vite que son ombre ni attaquer une diligence lancé sur un cheval au galop. Si le cinéaste s'est emparé de ce personnage, c'est justement pour le symbole qu'il représente, cette charge mythique qu'il porte, mais pour le traiter à contre-pied, et ainsi illustrer l'inéluctable érosion de ces mythes.

D'une certaine manière le film semble faire écho à la célèbre formule de John Ford, « quand la légende devient plus importante que la réalité, il faut imprimer la légende », cette idée que le Western était porteur de mythes fondateurs et nécessaires à la construction de la nation américaine. En refusant de représenter Jesse James comme le héros romantique qu'a retenu l'Histoire, celui des récits populaires que collectionne secrètement le jeune Robert Ford, et en choisissant de le représenter au plus près de la réalité, le film témoigne de la fin d' un genre, de la fin d'une époque.

Le temps qui passe, irrémédiablement destructeur, est donc au coeur du film, à l'image de ce plan magnifique -qui ouvre le métrage et que l'on retrouve à plusieurs reprises- d'un ciel où les nuages défilent à toute vitesse au dessus de la tête de Jesse James, l'usant sans relâche jusqu'à une fin inévitable. Le réalisateur, qui décide donc de tuer à l'écran la plus grande légende du Western, impose un regard résolument Moderne sur le Western, et en cela se distingue des dernières grandes contributions au genre, à l'image des oeuvres plus classiques de Kevin Costner ou de Clint Eastwood.

"L'Assassinat De Jesse James Par Le Lâche Robert Ford" est donc un film extrêmement ambitieux;  lent sans être long, il est tout à la fois pudique et cruel. Le dernier des westerns, genre américain par excellence, est mis en scène par un Néo-Zélandais. Il faut désormais compter sur Andrew Dominik, que certains compareront certainement à Terrence Malick, il nous livre en cette période de rentrée un très beau film, étrange et volontiers envoutant.

Auteur :Clément Duriez
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