Critiques

L’Astragale : La critique du film

Leila Behkti, c'est un peu notre bijou national 2.0, la représentation de cette France nouvelle qui semble tant déplaire à certains partis extrémistes. Amatrice depuis déjà quelques temps de petits films plus ou moins indépendants, c'est dans "L'Astragale", réalisé par Brigitte Sy (vue notamment dans "Une Vie Meilleure"), que nous avons le plaisir retrouver sa singulière bonhomie. Le tout pour un résultat sympathique, mais franchement pas transcendant.

Réalisé en noir et blanc (pour des questions officielles d'effets, plus officieuses de budget), "L'Astragale" s'inspire de la vie réelle d'Albertine Sarrazin, échappée de prison dans les années 50/60. Ou plus exactement de ses écrits lors de son incarcération. Plus qu'une histoire de cavale, c'est une histoire d'amour. Entre Albertine et Julien, son saveur inopportun. De lui on ne saura pas grand-chose, si ce n'est qu'il faut lire le livre adapté pour en apprendre plus. Mais leur alchimie à l'écran est totale, inexplicable. Reda Kateb (vu dans "Hippocrate" et "Loin des Hommes" et prochainement dans "Lost River" aux côtés de Ryan Gosling), ami complice de Leila Behkti dans la vraie vie, lui donne la réplique comme personne. On saluera aussi les prestations, courte mais pleine de charme, des enfants Sy, Esther et Louis Garrel. Bien qu'il s'agisse plus d'un caméo qu'autre chose pour ce dernier.

Les scènes se suivent et se ressemblent. Mais diantre, la Brigitte sait ce qu'elle fait. Leila Behkti est sublimée dans chaque plan, chaque séquence. En mission immersion dans son personnage, elle boite et fait le tapin avec un naturel presque déconcertant. La poésie en voix off, tirée des écrits d'Albertine, contribue à la beauté de la chose.

Petit bémol qui empêche le film, bon, d'être excellent. La pudeur dans le style, les images, les textes. Un parti pris de la réalisatrice qui rend le personnage d'Albertine bien moins important que ce qu'il est vraiment. Nous sommes en France bien avant Mai 68, rare sont les femmes à mener une vie avec tant de poigne, de manière si décomplexée. Albertine est une criminelle, au grand cœur, certes, mais au casier bien rempli. Investie dans une relation saphique (trop négligée à l'écran à mon humble avis), elle était de ces femmes qui brisent les mœurs. De ce long-métrage, nous retrouvons juste une un petit bout de femme perruquée prête à combattre, malgré sa blessure à l'astragale. Mais très vite submergée quand son tendre amant daigne donner de ses nouvelles. Personnellement, ça ne me suffit pas.

L'égérie « L'Oréal » montre une nouvelle fois sa polyvalence en valsant entre films indépendants et comédies mainstream, le tout avec un talent non contestable. "L'Astragale" est un film touchant et réaliste, et ce sans tomber dans les travers du mauvais documentaire. Cela dit, une certaine retenu dans le traitement des faits en laissera plus d'un sur sa faim... On en redemande presque une collaboration Behkti/Sy. Au plus vite !

Auteure :Mélissa Chevreuil
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