29 octobre 2021
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L’Elite de Brooklyn : La critique

Que pouvait-on attendre d'Antoine Fuqua, faiseur parfois inspiré ("Training Day") mais souvent conventionnel ? Certainement pas le coup d'éclat que constitue le film "L'Élite de Brooklyn" (distribué par Metropolitan Filmexport) extrêmement surprenant par la noirceur des thèmes et des personnages qu'elle développe. Sur un canevas de film choral, le réalisateur enchevêtre les destinées de trois flics éminemment différents mais au total assez emblématiques de leur corporation et de ce qu'elle est devenue. Soit trois hommes en détresse, entrés dans la police pour l'amour de l'uniforme et qui ne parviennent plus à reconnaître le rookie idéaliste qu'ils étaient en leur temps.

La grande idée du scénario est de ne jamais chercher à provoquer la rencontre à tout prix, mais bien de croquer ces trois policiers comme les différentes mais complémentaires d'un même mal, déprimant et sclérosant, qui pousse tout gardien de l'ordre à aller tôt ou tard à l'encontre de ses convictions. Flic bientôt retraité, flic infiltré, flic en voie de pourrissement : les héros de "L'Élite de Brooklyn" sont des archétypes absolus, que le scénar a le bon goût de pousser dans leurs retranchements et de détourner de leur destinée principale. Exemple : le vieux briscard fatigué, interprété par un Richard Gere qui n'en finit plus de se bonifier, ne se contentera pas d'attendre la retraite avant de jouer les Roger Murtaugh et de décider de rempiler in extremis ; la deuxième partie de son parcours sera bien différente et assez singulière. Il en va de même, à des degrés différents, pour les personnages incarnés par Ethan Hawke - acteur aussi discret que brillant - et Don Cheadle - qui fait toujours un peu la même chose. On n'ira pas jusqu'à faire du film de Fuqua un monument d'inventivité et de singularité, mais ces portraits croisés trouvent une force inespérée dans leur accumulation. Chaque histoire prise à part n'aurait sans doute pas donné un bon long-métrage, mais l'alliage des trois lui donne un souffle assez étonnant.

Réalisé à la façon de certains Friedkin, avec des mouvements de caméra pouvant sembler clinquants mais concourant à créer une véritable ambiance de film noir, "L'Élite de Brooklyn" trouve qui plus est un nouveau souffle dans sa dernière demi-heure, stupéfiante montée de violence et de tension où le temps semble soudain se dilater et où les trajectoires des anti-héros se font soudain aériennes, transformant ce qui aurait pu n'être qu'un simple polar en une oeuvre étonnante, non seulement parce qu'elle va bien au-delà de ce qu'on aurait pu attendre d'Antoine Fuqua, mais également parce qu'elle va loin dans l'exploration de l'âme humaine. Trainant sur deux heures des semi-ratés qui auraient voulu être des héros, voilà un film à voir, à mûrir et à savourer. Belle surprise.

Auteur :Thomas Messias
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