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L’Empire des Loups : Action et confusion

Le cinéma a un problème et "L'Empire des Loups" le confirme aisément... Celui, épineux, des méchants.

On sait qu'un vilain crédible fait plus pour un film qu'un héros lisse et gentil, seulement voilà, là où James Bond n'avait qu'à puiser parmi une réserve de nazis ou de russes, les nouveaux gentils ne peuvent plus les combattre : pas assez méchants... Alors les scénaristes vont chercher ailleurs.

Avec "L'Empire des Loups", Jean Christophe Grangé propose sa solution : la mafia turque, celle qui fait passer en France des clandestins, destinés à travailler dans des ateliers des bas-fonds de Paris. Les étrangers fourbes et méchants, prêts à tout pour un installer un certain intégrisme... Nahon doit être un peu américain sur les bords !  

On explore donc les bas-fonds et repères de méchants avec Paul Nerteaux, policier chargé de l'enquête sur le meurtre de trois jeunes femmes retrouvées défigurées et torturées, obligé de collaborer avec un flic radié aux méthodes plutôt expéditives (Jean Louis Schiffer interprété par Jean Reno).

Leur histoire croise celle d'Anna Heymes, épouse d'un haut fonctionnaire du ministère, en proie depuis un mois à des crises d'amnésie et des hallucinations, sans que les meilleurs médecins  puissent trouver une raison à cela.  

On ne peut pas, au vu de "L'Empire des Loups", ne pas penser aux "Rivières Pourpres", opus 1 ou 2 (aka « les moines volants »), ce sont aussi des adaptations de romans de Grangé, qui ont pour héros Jean Reno (sauf qu'ici il est blond), et qui avaient une même « couleur » noire portée par des jeunes réalisateurs (Mathieu Kassovitz et Olivier Dahan).

Aujourd'hui c'est Chris Nahon qui s'y colle, réalisateur repéré par Luc Besson qui lui avait confié "Le Baiser Mortel du Dragon", avec Jet Li.  

La comparaison est donc inévitable, outre le thème, les acteurs, etc. La réalisation semble coller à une certaine idée du « modernisme » : scènes rapides, lourds effets, effets lourds, ombre forcée, caméra à l'épaule, caméra mobile (trop mobile), séquences rapides, etc.

Un « modernisme forcé » dont le film aurait sans doute gagné à s'éloigner un peu ! La mise en scène est en plus doublée par une musique omniprésente et franchement lassante. On a l'impression que, pour compenser un certain vide des images, pour leur donner du rythme, Chris Nahon a oublié qu'on pouvait utiliser le montage, et n'a gardé que la possibilité d'une musique lourde, qui ne s'arrête jamais !

Dommage, quelque fois le silence marche mieux : le spectacle ici est efficace mais l'atmosphère ne parvient pas du coup à s'installer, tellement elle est martelée, tellement le réalisateur le veut. Il explique par exemple : « Il pleut tout au long du film. L'eau, à l'instar des personnages, pénètre sous terre. Elle donne un sentiment d'oppression. C'est très utile à l'atmosphère du film. »

Seulement, point trop n'en faut, et cela finit par agacer de ne voir les personnage qu'à travers des vitres sur lesquelles coule la pluie (sûrement pour nous dire qu'ils sont perdus, troubles)...  

Question scénario, le film est touffu, très, les histoires parallèles d'Anna et des deux policiers sont denses, on comprend qu'il ait fallu faire un film de 2h ! Mais du coup on s'y perd un peu, heureusement, Nerteaux est là pour nous servir de relais au sein du film...

Il est aussi perdu que nous dans ces histoires de mafia, dans lesquelles ont baigné le film, comme l'explique le réalisateur : « Il a souvent fallu réécrire, s'adapter en fonction des événements, voire enregistrer des séquences que l'on savait inutiles, pour pouvoir avancer dans les autorisations de tournage. J'ai moi-même reçu des menaces... Les Loups Gris sont très puissants, et liés de près à l'histoire du génocide arménien et à l'attentat du Pape. Rien ne les arrête. Surtout pas la police, dont beaucoup de membres appartiennent au mouvement ! ». Chris Nahon y croit, ses acteurs moins, c'est bien ça le problème !  

Reste au film plein de bonnes intentions, même si les maladresses de la réalisation peuvent les desservir. C'est un bon spectacle, un « grand » show, avec des poursuites, un peu de suspense et des retournements de situations à gogo. Un show qui plaira, mais dont l'utilité et l'originalité restent à prouver, surtout que l'on attend pour bientôt "Les Rivières pourpres 3"...

Auteur :Fadette Drouard
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