21 octobre 2019
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L’Equipier de Philippe Lioret : La critique

Trois ingrédients pour ce phare breton cinématographique qu'est "L'Equipier" : de grands comédiens sobres, un paysage libre et sauvage, une très belle histoire d'amour. Ajoutez-y le tourbillon de la mer et le tour est joué : un souffle de fraîcheur d'une grande beauté se déverse sur nos écrans.

De très grandes chances de faire chavirer les coeurs, de faire couler le sel de vos larmes à mer tant ce film est juste. "L'Equipier" est une sorte de passage de relais vers la jeunesse tout en maintenant le pont générationnel des traditions, de l'appartenance.

L'histoire harponne les courants fascistes et sectaires locaux mais défend la France des paradis perdus pour cause de progrès technologique. En ce temps-là, les phares étaient gardés par des hommes courageux, tenaces qui s'accrochaient comme des moules à maintenir la lumière de la mer, fusse au péril de leur vie.

Aujourd'hui, l'on s'en tamponne le coquillard, tout est devenu automatique. L'homme n'a plus sa place pour guider les bateaux souvent responsables du naufrage de l'économie locale. Touché, coulé. Les îles deviennent petit à petit de charmants terrains vagues que l'on tente tant bien que mal de remettre à flot à coups d'écolo-tourisme. Le bruit de la mer et le fracas de l'écume se chargent d'étouffer les cris d'alarmes de leurs habitants.

"L'Equipier", en ce sens, lave l'affront et rétablit l'honneur de ces loups solitaires, vieux briscards exerçant même le métier de la pêche lorsqu'ils sont en congé pour mettre du homard dans la bisque et bien manger chaque soir. Il fallait donc de grands acteurs pour incarner les héros de cette île au trésor mais aussi un certain courage scénaristique pour ne pas polluer le film de dialogues pompeux et moralisateurs.

Exit les requins de l'écran qui auraient de quoi piquer un phare, bonjour les vraies gueules à la Torreton. Exit les artifices et actrices maquillées comme des chaloupes volées, bonjour les femmes réalistes et belles de naturel.

Sandrine Bonnaire, Philippe Torreton sont les figures de proue de ce gâteau de cinéma et sont généreusement accompagnés de talentueux comédiens comme Emilie Dequenne et Grégori Dérangère. Ce dernier est la pêche miraculeuse du film.

Exploitant les mouvements de caméra avec finesse et d'un regard intelligent de sobriété, son jeu est à mille milles de Bon voyage où l'extravagance des acteurs l'emportait sur l'histoire. Les finances en avaient d'ailleurs pris l'eau.

A n'en point douter Philippe Lioret fera tout pour le garder dans ses filets pour ses prochaines livraisons de films. A vos barques, prêts, ramez pour voir ce magnifique film qui vous fera parfois marrer comme des baleines, et pleurer comme des cachalots. Mais en sortant, vos larmes sècheront du bonheur d'avoir participé à l'expédition.

Auteur :Olivier Bruaux
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