12 juillet 2020
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L’Etrange histoire de Benjamin Button : la recherche du temps qui passe

Les habitués de l'esthétique du Fincher d'"Alien 3" ou de "Fight Club" risque de ne pas trouver leur bonheur dans son dernier film. Il n'est cependant pas dénué d'intérêt, bien au contraire, et nous offre une vision très juste et poétique (loin d'une quelconque niaiserie) d'un sujet qui touche chacun d'entre nous : le Temps et les rapports qu'entretiennent les individus avec lui. Le Temps qui passe et qui revient, pour Benjamin B. qui au fil des années... rajeunit au lieu de vieillir !

Rajeunir, mot d'ordre de nos sociétés occidentales contemporaines, n'est pas ici un signe de bonheur puisque le personnage reste au regard des autres un étranger, une bête curieuse, et est tout autant confronté à ce qui est commun à chacun : la mort, la perte, l'éloignement d'êtres chers bref tout ce qui constitue la vie (les joies comme les peines). Par ce personnage, Fincher aborde la question de l'apparence dans toute sa symbolique : la vieillesse, souvent synonyme de dégénérescence (physique et psychique), pour mieux retourner les clichés qui lui sont attribués (par le biais de l'humour avec un Brad Pitt transformé pour l'occasion, qui malgré son « âge physique », n'en perd pas pour autant son endurance dans certains moments... particuliers).

La question de l'âge est aussi rendue futile, puisqu'elle n'est en aucun cas un critère permettant de « juger » l'intelligence d'un individu. Chaque être ayant son propre parcours, sa propre expérience qui forgent sa personnalité. Bref chacun est unique. Le Temps n'est pas ici véritablement un ennemi, mais plutôt une chose qui nous est familière, particulière et en même temps commune. Rajeunir n'est pas plus supportable que vieillir, malgré les apparences (encore elles...). Le plan de l'horloge (construite à l'envers, les aiguilles tournant à l'inverse des aiguilles d'une montre) envahie petit à petit par l'eau, est d'une beauté et d'une poésie extrêmes, semblant signifié que le Temps n'est pas saccadé, cloisonné mais plutôt un flux ininterrompu (la date et l'heure ne sont que des inventions de l'homme qui a toujours eu le besoin d'avoir des repères « physiques », réels), qui suit son cours, au delà de l'existence humaine. Un film assez complexe mais, malgré tout, réussi, avec des acteurs tout aussi étonnants que performants, multiples et touchants.

Bref, une oeuvre qui ne laisse pas indemne.
Auteur :Sabrina Blondel
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